C A M. DEUESSERT, PRÉFET DE POLICE
c Monsieur le préfet,
c Dans la nuit du i*' au 2 du courant, j'ai acquis la certitude qu'on pénétrait dans les diverses parties de Tappartement que j'occupe depuis peu dans une maison située quai Saint-Michel, n* 15. Je me suis rendu chez le propriétaire pour Tinformer de ce fait, et rai invité, au nom de l'honneur, à se rendre immédiatement sur les lieux pour reconnaître et constater matériellement l'existence des conduits et mécanismes à l'aide desquels on s'introduisait ainsi à volonté chez moi.
« Il a positivement refusé d'assister à cette reconnaissance, ou de s'y faire représenter par sa femme ou son portier... M. le commissaire de police du quartier, auquel je me suis adressé, a pensé que ces faits sortaient de ses attributions et rentraient dans celles de la préfecture.
€ Lorsque j'ai fait choix de ce logement, j'ignorais qu'il renfermât une infinité de compartiments propres à masquer des communications clandestines et des cachettes dangereuses; leur existence ne m'a été connue qu'après mon installation. Alors, il me fut facile de deviner le parti [qu'on pouvait en tirer] pour
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des apparitions soudaines fort ressemblantes à des expériences de fantasmagorie... Tout a été mis en usage pour que ces manœuvres pussent s'exécuter avec une entière sécurité : les narcotiques introduits dans mes aliments; les ressorts, les trappes, les dérangements de meubles, les effets de lumière combinés pour porter des reflets à la figure afin de s'assurer si le sommeil existe, ou pour le faire naître plus vite en fatiguant la vue... »
Choumara entre dans les détails les plus minutieux; et termine ainsi :
« Je laisse maintenant à votre sagesse, monsieur le préfet, à décider si de plus amples explications vous paraissent nécessaires; dans ce cas, je m'empresserai de me rendre auprès de vous aux jour et heure qu'il vous plaira de désigner.
« Agréez, je vous prie, monsieur le préfet, l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très humble serviteur.
« Th. Choumara,
« Chef de bataiUon du génie, chargé du projet de la mise en état de défense de Paris. »
Je ne saiace que pensa M. Delessert de cette missive ; il fit appeler Choumara et le rassura de son
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mieux, en lui assurant qu'il n*avait jamais été l'objet d'une surveillance quelconque.
Mais Choumara ne voulait pas être rassuré. Le propre des gens inquiets est de se complaire dans leurs tourments. Tel était le cas de Choumara. Il renouvela ses lettres au préfet, il les fit même imprimer; mais le préfet avait compris — et il cessa de ré» pondre.
Alors Choumara se décida à publier Théodore.
C'est dans ce livre qu'il donne le récit tout entier de ses persécutions ; c'est là qu'on voit au complet la légion des agents attachés à ses pas.
i On en choisit parmi eux, dit'il, qui avaient quelque ressemblance avec moi. Revêtus de mes ha« bits pendant que j'étais tranquillement assis aux Tui« leries, ils allaient sur d'autres points faire des extravagances, et leurs compères disaient que c'était un officier du génie qui était fou. »
Ce n'est pas tout. On sait que Choumara aime à bouquiner. Un essaim d'agents déguisés en chalands prend à tâche de l'en empêcher.
Il y en a d'autres qui, dans la rue, le précèdent en marchant, semant une poudre pernicieuse dirigée vers son visage. Cette poudre prend à la gorge, occasionne une toux violente ou détermine subitement une extinction de voix.
Choumara voit là-dadana Tintention de lui communiquer des maladies étranges, Il est convmncu qu'on
répand sur ses vêtements des virus ramassés dans les hôpitaux.
< Le 10 octobre 1840, j'allai voir une maison que je possède à Nonancourt, département de l'Eure; j'y fus suivi par leur. brigade. Je n'avais pas le temps de rester; je repris la diligence à Dreux pour revenir à Paris; la diligence fut aussitôt remplie par les agents. Leur chef vint se placer auprès de moi dans le coupé... »
On conviendra que c'était là une existence intolérable.
D'autant plus que Ton continuait toujours & sUn** traduire dans son domicile ! Une nuit, entre autres, Il faillit être victime d'une tentative de castration... Je ni'arrête à ce trait, c Quand je sortis le matin pour aller déjeuner, quatre ou cinq domestiquas femslles étaient rassemblées en conciliabule sur mon palier et s'occupaient certaineipent de l'çi^pédition nocturne. »
Drôle d'ouvrage, ce Théodore!
Pourtant, je ne trouve pas qu'il dépasse, comme il s'en vante, les fictions des romanciers de nos jours.
L'auteur avait annoncé une deuxième partie; il ne parait pas qu'elle ait été publiée.
Qu'est devenu Chouraara? 11 avait été mis à la retraite, -^ je comprends cela; — il continua sans doute sa vie de transes et d'obsession. Quelqu'un m'a as* curé cju'il était mort très viçux,