‹ Mon dernier-né: gaietés parisiennesChapitre 45 sur 58 · ROSALBA J · texte numérisé non relu

ROSALBA J

c Monsieur,

c Je ne pèse que quarante livres ; c'est dix de moins que celle qu'on ne nomme plus. Si sa place se donne au concours, je suis certaine de remporter sur mes concurrentes. Elle était un sylphe, je suis une vapeur; elle marchait, je flotte.

c Je réclame pour mon début le rôle de Zaïre, qui est la création la plus touchante de M. de Voltaire.

« Votre servante impalpable,

c Clara Michodière. »

c Monsieur,

€ J'aspire à la succession de qui vous savez. La façon dont j'entends la sculpture m'y donne peutêtre quelque droit. Venez me voir dans mon atelier; je suis un bon garçon; vous serez tout de suite à votre aise. Aimez-vous le tabac turc? le mien m'est expédié du Caire directement. Je connais aussi quelques hommes politiques, ce qui ne nuit jamais.

« J'ai particulièrement fouillé le rôle de VÈtran^ gère,

« Agréez, monsieur, ma bonne poignée de main.

« Ange Mazetta. »

« Monsieur,

«Je descends d'un ballon, où je serais encore, si je n'avais appris l'embarras de la Comédie-Française.

« Rassurez-vous, monsieur, je suis en mesure de jovrer tout le répertoire. J'ai fait des études dans les nuages ; il n'y a rien de tel pour assouplir la voix.

« Je suis à votre disposition pour le jour et l'heure qu'il vous plaira; écrivez-moi chaise restante,

« Une fille de Tair, « Célénie de V... »

« Monsieur,

« On vous prête l'intention de mettre à l'étude Angelo. Vous n'apprendrez pas sans intérêt que je m'exerce depuis quelque temps au rôle de Catarina. Afin de mieux me pénétrer de toute la mélancolie qui y est contenue, je couche chaque nuit dans un cercueil environné de cierges, au milieu d'une chambre tapissée de larmes d'argent.

« Mon pianiste me joue toute la nuit le Dies irœ,

« Vous conviendrez, monsieur, que ce n'est pas le fait d'une artiste ordinaire.

« J'attends un bulletin de répétition.

« Une chartreuse, « Thècle Fil-de-Fer. »

« Monsieur,

« Avez-vous lu ma dernière lettre politique de Munich? Croyez-vous que ce soit troussé? Non, mais est-ce troussé? Voyons, dites-le franchement.

c Si après cela vous ne m'envoyez pas un engagement en blanc, c*est que vous ne comprendrez rien à vos intérêts et à ceux du théâtre que vous administrez.

« Je compte sur le bon goût du littérateur d'autrefois pour conseiller le directeur d'aujourd'hui.

c Tibi.

€ Lasthénie Durand. >

« Monsieur,

« Je tire l'épée et la canne^ je joue aux dominos les yeux bandés, je patine sur la glace en traçant le chiffre d'une personne de la société, je dompte les chevaux les moins rebelles.

€ Ne regrettez donc personne; vous pouvez hardiment remettre à la scène Hernani : vous aurez en moi une dona Sol comme vous n'en avez pas encore eu.

c J'ai même trouvé un jeu de scène d'un grand effet au cinquième acte, lorsque je prononce ces vers :

Voyez-vous ce poignard ? Âh ! vieillard insensé. Craignez-vous pas le fer quand Tœil a menacé ?

c Après ces mots, je me précipite sur don Ruy Gomez et je lui colle une gifle.

« Cela peut vous donner une idée de la façon nouvelle dont je comprends le rôle.

€ J'ai Thonneur d'être, monsieur, avec tous mes talents, votre très zélée servante.

€ Clorinde Humbert. »

Donc, faute d'une sociétaire, la Comédie-Française ne chômera point.

Personne n'en a jamais douté.

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