PRUDHOMME. — NOD
GuiBOLLARD. — Nous avons tous passé par là, plus ou moins.
Calino. — Vous a-t-elle appelé « joli garçon »?
Prudhomme. — Monsieur Calino I
Calino. — Eh bien I où aurait été le mal >
Prudhomme. — Je crus démêler, à travers ses dis* cours sans vergogne, que cette jeune ménade m'en* gageait à la suivre chez elle. Dans quel but? Vous le devinez aisément. Elle me proposait, sans aucune de ces précautions oratoires où le génie français exceUe, de ces divertissements qui ont fait autrefois la repu** tation de Lampsaque.
Calino. — Entendu.
Prudhomme. — Le silence fut d'abord ma seule réponse à cette invitation déplacée... Mais, comme la donzelle y mettait une insistance d'un goût abso« lument contestable, je crus devoir me départir ezcep^ tionnellement de mon mutisme, et je proférai ces paroles sévères, mais justes : « Petite malheureuse, laissez-moi tranquille ! »
GuiBOLLARD. — Bravol
Calino. — A la bonne heure! Et qu'adviaMl de cet acte de fermeté }
Prudhomme. — 11 advint que la foule, m' entendant hausser la voix... vous connaissez la puissance et la beauté de mon organe... s'attroupa autour de nous.
On crut que c'était moi qui avais accosté la courtisane, et je vis le moment où un agent de la sûreté publique, portant la main sur le collet jusqu'alors immaculé de mon frac, allait me conduire chez le commissaire de police.
Calino et Guibollard. — Oh I
Prudhomme. — Bref, ce fut à grand'peine que je me tirai de cette bagarre... pendant que la petite libertine me jetait entre autres outrages : « Eh l va donc, vieux serin! » Qu'en dites-vous, mes amis>
Guibollard. — J'en dis que mon indignation est inexprimable.
Calino. — C'est à dégoûter de la prostitution, en effet.
Prudhomme. — Vous voyez bien qu'il est temps de protester et de réagir.
Guibollard. — Évidemment. Il faut un remède à un état de choses aussi scandaleux.
Prudhomme. — Avez-vous un remède?
Guibollard. — Je n'en ai pas sur moi.
Prudhomme, à Calino. — Et vous ?
Calino. — J'en cherche.
Prudhomme. — Ce n'est pas assez. M. Camescasse, le Sartine républicain, attend un programme. Il est prêt à s'y conformer, s*il a le sens commun.
Cauno. — Eo attendant, il y aurait quelque chose de bien simple à faire.
GuiBOLLARD. — Voyons, Calino, nous savons que vous êtes pour la simplicité.
Calino. — Ce serait de rendre un décret par lequel il serait défendu à tout Français de céder...
Prudhomme. — Bon! bon! votre décret serait inexécutable, Calino.
Calino. — Alors?
Prudhomme. — Alors, nous allons nous en tirer comme dans les Chambres politiquement constituées... Nous sommes une commission... nous allons nommer une sous-commission... qui sous-étudiera la question...
Calino. — Et qui n'aura droit qu'à un demi-sein.