LES PENSÉES
d'un nouveau ministre
Le ministre est seul dans son salon. Il marche à grands pas:
C'est fait. ^ yoi^ ^e VOfJiwl 3 P^A^- J^ sujs ffii-
(// boif ^ y^f rç d'eflfi*,)
AJjî)istfepB Frappe.., àpafisi
PqyFquoi moi} ppHls bat-il si fpft ? Eqt-pe que cpla, i)'3frjve pas à toq^ le R|oncje cj'être minjstrfi ? r-. Allons, fijlqpsj pas d'enfantjllage,
JS|7fWft) , .,
Le ciel m'est témoin que j'ai fait jusqu'à la fin une résistance héroïque. Je ne voulais pas... je murmurais non, et puis encore non je ne me sentais
pas préparé.
Ils me disaient, avec toute sorte d'inflexions caressantes dans la voix : « Acceptezl mais acceptez donc ! » Je répondais : « En vérité, c'est m'ofifrir un portefeuille dans des conditions trop difficiles. » Ils répliquaient : « C'est bien pour cela que nous vous l'offrons. Si les choses allaient comme sur des roulettes, est-ce que nous aurions pensé à vous } »
Cette façon d'offrir pouvait être entendue de deux manières. Je l'ai prise de la bonne.
Comment ont-ils eu raison de mes hésitations } Je ne sais pas au juste.
Ils m'ont demandé si j'avais un programme. Je leur ai répondu fièrement : « Et vous > »
L'histoire enregistrera cette réponse, je l'espère. Elle en enregistrera bien d'autres de mon fait.
Je le crois, que j'en ai un programme ! j'en ai
même plusieurs. Ma tête est un arsenal d'idées
Un arsenal, non, un entrepôt. Il y en a de toute sorte, surtout de saines, de grandes, d'utiles, de généreuses, de fécondes» On attend beaucoup de
moi, et l'on a raison. Je ne faillirai pas à ma tâche.
Que de réformes à entreprendre I que de progrès à tenter I La devise du siècle est : En avant! Je Taurai sans cesse présente à Tesprit.
Je vais donc pouvoir réaliser tout ce que j'ai rêvé.
(Silence,)
Tout } non pas, peut-être, dans les premiers moments mais une partie une bonne partie. Le
reste viendra plus tard, graduellement, à son heure.
Trop précipiter est le moyen de tout gâter Et
puis, je ne peux pas me vider dès le début cela
ne serait pas sensé. Je dois réserver des surprises à l'avenir ; tous les bons ministres ont toujours agi de la sorte.
Les bons ministres... Eh I eh I on les compte. Assurément, je n'aurai pas de peine à faire oublier mes prédécesseurs. La plupart n'étaient pas très forts, il faut l'avouer. Et maladroits I On n'est pas maladroit comme ils l'ont été ; on aurait dit une gageure, ma parole d'honneur.
Pauvres gens I
Certes, je ferai mieux qu'eux. Et, pour cela, je n'ai tout simplement qu'à ne pas faire comme eux.
D'abord, la porte de mon cabinet sera ouverte à tout le monde, matin et soir. Les garçons de bureau n'auront plus qu'à se gratter les mollets. Je renouvellerai la légende du chêne de saint Louis ; je descendrai dans le jardin les jours de beau temps :
50 m^ f)p.?^N;ER-îît:
(j MPRSi^MF 1^ ininiStF^, s'il vqus pl^ît {p\^% d'pxçeh fetiçe^ çpj^ va §anp ^irp)JTrr:SQiis la preffijèrg br^pche ^ gaucbe. ;i
Sans doute, je serai ^^ p^p epçqpihréi N'impQrte !
j'awRj un mot pour c^^pun, u Frapcg j}'^ présgpt a
besoin d'un ministre populaire. Je serai cg (pipisfre. Pgpr tant 4^ fatigue, j*fl^r§i ma fécQfupen^e ^ans p)oq çppvir, 1} ^pit çtr^ dq^î (ip t\q se pQUcher pV
prè^ ^YQir réppRrtu ^ (Jeiix cppt^ p^rpopo^St — Q\\ i
ppi, biep (lpu]f !
Pp^rt^nt,,. un miniptèrp n'^st p§s ijn mpujjp, EsHl bien pépe3Sfiire d^ me lajsspf Harqf Igr par HB6 fpulç d'oisifs > La popularité n'exclut pas le ffpqs. Lg§
lP\}rs Pd j'aurai bpspjp dç jpe rçpp§gr, j'eiJYprra nion secfét^jrç gq\}fi Iç çhlpp ^ p}| p}gçç,,, njoi} prçîniêl §«crétmre.., q» it}Q{} ^eçpqd:,, PU Roq gftçf fig gg^
Çej§ Rf p'f mpgphçra p^^ dç tpu^ fiire p^r ^pjr
même. J'y tiens essentiellement.
îlusttfp^ bipR rfeôtpi dp inimsitèFe.,, ffiBog^nt..,
spapjepx. Je pfpis pie Fiappel^f qpp le g r^nd s^lpn riPS fêt^§ ç^t brHR et.ÔF- fie^ f^fesîl,,. ^p fmtiJ ena^r^i : Kt PQUFaHQi B8S î
GAIETES PARISIENNES 5I
. l^ RépwbUqye a toqt ^ gagner à ^e montrer gqus
di2g 45peçt3 aimable^, yp b^l de temps çp temps n'ft jamais nui. Relions le passé à l'avenir par UP PhaiQQQ de fleurs. S^chQfis êtf§ le ffoflt qui pçpse et la lèvre
qui n§mU
. Wpb attitpdfi visrà-yis de la presse ?... On mp d§n|§Râg quelle sera mon attitude vis-éi-rVJs de )a
lAvfic pxpfQsion.)
Tqwt pQHr plie I... tQut I.,f tqut !!!
S'imagine-t-on, par exemple, que je suis homif^e à oublier ce que je dois aux journaux...., ces bons
journaux ces excellents journaux! S'ils ne m'ont
pas fait ce que je suis, ils y ont contribué certainement. La presse est, comme on l'a dit, un pouvoir §8îi§ l'ptat, ROiiYSJr immense, terrible,,, bipn dqnperpi}j?oi}yent,,...
^Silence,)
Oh I oui, bien dangereux !
J^ais ûu'impprte } c'est la presse. Qui y toyçl^e ^'y coupe.,.,. Jl ne faut pas ceppnd^fit qu'ellg ftille trop Ipin,., Non... Npn ! Je ne lui permettrai pas de fr^Rr chir certaines limites, par exemple de s'attaquer à ma pprsonnalité. Sur ce chapitre-là qn me trouvera implacable. Je ne peqx pas me laisser dévorer par la presse, que diable I
Jusqu'où lui permettrai-je d'aller?... Tolérer^irje qu'elle m'appelle'Ernest ?... Oui... il y a de ces licences
53 MON DERNIER-Ni
qu'il faut ne savoir ni voir ni entendre. J'aurai le bon goût de mon côté... le bon goût, ce bouclier des na* tures supérieures.
Ces journalistes I II faut convenir qu'il y en a parmi eux de bien gênants, de bien agaçants..* pour ne pas dire plus. J'en sais deux ou trois... même cinq ou six... qui ont le don particulier de m'échauffer les oreilles. A ceux-là je ne ménagerai pas les communiqués, je le leur promets, et même, s'il le faut... mais j'aime à croire qu'ils m'épargneront ces extrémités toujours cruelles.
Presse maudite I
La grande faute de ceux qui m'ont précédé au pouvoir... la très grande faute.. .. a été d'avoir voulu remonter quelques-uns des courants de l'opinion publique. Ce ne sera pas par là que je pécherai, moi. L'opinion publique me trouvera constamment docile, et je m'abandonnerai à tous ses courants de la même façon qu'un excellent nageur s'abandonne au fil de l'eau.
Je n'aurai, d'ailleurs, aucun mérite à suivre l'opinion publique. Ne suis-je pas le type du parfait républicain >
Oui.
{Silence.)
Oui!
(Autre silence.)
Oui, oui I
Ce qui me sera le plus sensible, dans les commencements, ce sera de rompre avec d'anciennes liaisons, avec de certaines amitiés compromettantes, politiquement parlant. Mais la république a le droit d'exiger tous les sacrifices, et le véritable homme d'Etat doit avoir du sang de Brutus (l'ancien, le premier) dans les veines. — Dès ce soir, je me mets à dresser ma liste de proscriptions.
(// se tourne vers le buste de la République, placé sur la cheminée,)
Es-tu contente de moi, grande déesse > Ai-je assez dépouillé ce qui pouvait encore rester du vieil homme ? Suis-je suffisamment pénétré de mes devoirs } Quels gages nouveaux demandes-tu, grande déesse ? Je suis prêt à te les donner. Tu vois ma conscience et mon désir de bien faire ; jette un coup d'œil favorable sur ton ministre, inspire-le et daigne le guider dans tes sentiers lumineux !
Allons repasser nos Droits de VHomme.