‹ Mon encrierChapitre 17 sur 37 · FRANC-MACON · texte numérisé non relu

FRANC-MACON

Il y a bien aujourd'hui sept ou huit ans que j'écris dans les gazettes. Pauvre métier, mais qui m'a permis de connaître d'assez près un nomdre considérable d'hommes politiques, c'est-àdire, tous les plus vils coquins de l'Etat — sans compter le collaborateur du Pays — ou en le comptant, comme vous voudrez ... La fréquentation de cette espèce m'a amené graduellement à n'être plus sûr d'à peu près rien dans le domaine des faits, et à ne jamais m'étonner, quoi qu'il arrive et quoi que j'apprenne. — Pourtant, on a beau avoir acquis une forte dose de scepticisme, on ne laisse pas d'écarquiller encore les yeux, de temps en temps, devant certaines révélations . . .

Ainsi, à moins de supposer qu'on puisse être maçon sans le savoir — comme on est imbécile ou gâteux, — comment expliquer que je sois de la Loge sans m'en être jamais douté ?

Et pourquoi, du reste, le serais-je ?. . .

***Oui, pourquoi serais-je maçon ?

A-t-on jamais entendu dire que je voulais à toute force me faire nommer juge ^

Est-ce que j'ambitionne un rond de cuir quelque part ?

L'espoir d'une place au Conseil municipal ou au Conseil législatif hante-t-il à ce point mes rêves ê

Suis-je intéressé dans des spéculations louches ?

L'influence de la Loge m'est-elle nécessaire pour faire éclore et mûrir des schémas "?

M*a-t-on jamais vu faire la coulisse à la " Législature " avec l'appui des F. . . ?

Est-ce que j'aurais sur la conscience certaines opérations — financières et autres — qui d'ordinaire conduisent tout droit au pénitencier ?

Enfin, serais-je tout simplement l'un de ces deux ou trois cents Homais qui, en sachant tout juste assez pour lire la Presse ou le Pays, vous soutiennent froidement, en pleine rue Saint- Jacques, des thèses sur l'éternité de la matière, et qui s'imaginent avoir mené le monde lorsqu'ils ont procuré une job à Godfroy Langlois ?

Non, non, je ne suis rien et je n'ai rien fait de tout cela. Alors, je ne suis pas maçon, c'est clair !

♦ **Et puis, vous savez, le jour où je le serais, je me demande si les gens du Pays seraient aussi pressés de le crier sur les toits. Avez-vous remarqué que le Pays n'a pas encore accusé de maçonnerie M. Langlois ?..

Je me sens un peu gêné au début de cet article. J'ai à vous parler des députés ministériels canadiens-français, et je vois que je ne pourrai le faire qu'avec une extrême dureté.

Si j'exprime un tel regret, vous entendez assez que ce n'est point par aversion soudaine pour le langage énergique ou les jugem.ents sévères : aussi longtemps que je tiendrai une plume, je n'aurai certainement jamais de plus grande joie que de pouvoir frapper sans ménagement sur les coquins. Mais, justement, les députés ministériels canadiens-français ne rentrent pas dans cette'^espèce. Je les connais tous assez bien, et je puis leur rendre ce témoignage: sauf un très petit nombre, ils sont, je crois, d'honnêtes gens, remplis de bonnes intentions et incapables d'une canaillerie réfléchie. On me dirait même qu'ils ont^ gardé" quelque reste de patriotisme, que je n'en'^marquerais nulle surprise. . .

^ D'oùfvient donc qu'ils jouent à Ottawa un si triste rôle ? D'où vient qu'ils font ici, en même

(1 ) Article paru, en quatre parties, dans le Decoir des 22 23, 24 et 25 février 1910.

temps que la risée de leurs collègues anglais, la la honte et l'humiliation de leur race 7

ii:*4:]c m'en vais tâcher de vous l'expliquer en f>eu de mots. J'écarte d'abord la question de leur attitude politique. Je ne leur reproche aucun de leurs votes. Je suppose qu'ils ont toujours eu raison d'appuyer M. Laurier, et je me place, pour les juger, au point de vue strictement ministériel.

Vous avez lu dans le journaux le compte-rendu de cette fameuse séance d'il y a eu vendredi huit jours.

On discutait le budget, aux Communes, et le ministre des Travaux publics allait s'attaquer aux crédits de la province de Québec (une bagatelle de $694,000), lorsqu'on lui fit remarquer qu'il n'y avait pas à la Chambre, sur les banquettes de la droite, plus de cinq ou six de nos députés. De là, ajournement forcé du débat. Une semaine se passe, nous voici rendus au vendredi 17, et M. Pugsley propose de nouveau les crédits du Québec. Mais nos députés brillent encore, comme on dit, par leur absence, et le minisnistre, obligé de procéder quand même, annonce qu'il avait pris la peine de les avertir, et que, s'ils ne sont pas là, ce n est pas de sa faute. . .

On a là une idée de l'attention qu'ils portent génércilement aux débats, quand il s'agit des affaires de leurs propres électeurs. Jugez un peu,

l'WTRE DEPUTAT ION 69

maintenant, combien ils doivent s'intéresser aux questions qui regardent les autres provinces, ou le pays en général !

M:** Il y a au parlement fédéral :

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