‹ Mon encrierChapitre 19 sur 37 · PAIX A DOLLARD ! (I · texte numérisé non relu

PAIX A DOLLARD ! (I

Qu'est-ce que Dollard a donc fait à la Presse et à la Patrie ? Les voilà l'une et l'autre qui convient d'avance leurs lecteurs, avec beaucoup de bruit, à la grande fête du 22 juin. Caractères gras, gros titres, vignettes même, elles n'épargnent rien. . .

Il est curieux — mais surtout répugnant — de voir l'ardeur de ces deux feuilles à magnifier dans toute circonstance le soldat du Long-Sault. Elles ne perdent pas une occasion d'afficher son nom, de rappeler ses exploits. Elles le traitent avec presque autant de considération qu'un ministre ou un assassin. Elles en font leur héros, leur grand homme.

Nous leur disons : Bas les pattes ! Vous n'avez pas le droit de toucher à cette mémoire ! Si Dollard vivait aujourd'hui, — et vous le savez, — il ne serait pas de votre côté ! Si Dollard vivait aujourd'hui, vous le traiteriez de fou, de visionnaire, de cerveau-brûlé. Vous lui prêcheriez les idées pratiques, les compromis honorables, la conciliation. Vous lui montreriez l'inutilité de

(I) Action, 20 mai 1911.

la lutte et la folie de son héroïsme. A dix-sept hommes, repousser des centaines d'ennemis, allons-donc, est-ce que cela s'est jamais vu ? — Il détournerait la tête, il ne vous écouterait pas. . . Alors vous n'auriez pas assez pour lui d'épais sarcasmes et d'injures basses ; et au besoin vous le vendriez même aux Iroquois : vous en avez vendu bien d'autres.

Qu'y a-t-il de commun entre vous et lui ? Vous, les gens pratiques, les diplomates, les pondérés,— et lui, le pauvre petit idéaliste, le pauvre songe-creux perdu dans les nuages ? — Vous êtes bien trop sérieux pour lui, messieurs : laissez-le donc tranquille !

Laissez-le tranquille. . . Sa mémoire a le droit d'être respectée de vos éloges. Gardez p>our d'autres votre encens, — pour un Brodeur, pour un Boyer. Ceux-là sont vos hommes à vous. Et ceux-là vous paieront bien.

**+Vous, monsieur Berthiaume, tout le premier, voulez-vous nous dire maintenant, s'il vous plaît, ce qui vous pousse à tant vous occuper de Dollard ?

Franchement, l'admirez-vous beaucoup?...

Est-ce qu'au fond vous ne le méprisez pas plutôt ? Ne le trouvez-vous pas un peu. . . disons le mot : un peu bête ? Je le gagerais !

Tenez, que Dollard revienne en ce monde aujourd'hui pour demain, qu'il entre chez vous com-

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