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PAIX A DOLLARD

me rédacteur en chef, eh bien ! je ne lui donne donne pas pour quarante-huit heures dans l'établissement. Vous le mettriez tout de suite à la porte. Vous diriez : C'est un fou.

On sait bien ce qui vous pousse... Dollard est un fou, mais c'est un fou populaire, c'est un fou arrivé, comme vous dites dans votre langage : alors vous voulez — tout naturellement — le tirer à vous^; |Vous voulez l'exploiter, comme vous exploitez tour à tour et suivant l'occasion le roi d'Angleterre, le premier-ministre du Canada, le conférencier célèbre ou le numéro de cirque en vedette. Dollard est pour vous un sujet de réclame, tout simplement — quelque chose d'intermédiaire entre la brouette et le ballon.

... Et vous, monsieur Louis-Joseph Tarte, là, — la main sur la conscience, — que pensez-vous de Dollard ? 11 doit bien vous ennuyer. Croyezvous, hein ! que ce n'était pas un type pratique !

***Vous, monsieur Berthiaume, vous avez votre ballon, et vous, Joe, vous avez Jennie-W. Un beau ballon et un beau cheval. Avec cela ne pourriez-vous vraiment vous passer de Dollard ? On vous en prie !

Parlez de tout ce que vous voudrez : meurtriers, juges, rois, ténors, politiciens ; exploitez tout ce qu'il vous plaira. Mais ne touchez pas pas à Dollard !

N'allez pas traîner dans la promiscuité des sacs

de sel et des crucifix lumineux sa figure pour vous indifférente. N'allez pas évoquer dans vos boutiques son ombre insultée. Il ne vous reconnaîtrait pas. Vous n'êtes p^ de la même race. Faites des marchés, faites des calculs, c'est peut-être vous qui avez raison : mais n'allez pas, lui, le réveiller pour cela. Vous l'étonneriez.

Il ne comprenait pas les affaires, voyez-vous, le petit soldat à l'oeil clair qui s'en allait cheveux au vent, seul avec ses seize compagnons, à la rencontre de huit cents Indiens, ce matin du mois d'avril 1660.

Il ne savait même pas ce que c'était que de se vendre. . .

Les Iroquois ont mangé son corps. Tâchez au moins de ne pas manger, vous autres, sa mémoire.

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