‹ Mon encrierChapitre 34 sur 37 · OUI. (P · texte numérisé non relu

OUI. (P

Mais tout le dialogue serait à citer ; goûtez

au moins ces quelques lignes encore :

— ELh bien ! tu ne les reverras pas, je te l'ordonne ! . . . Tu les as trop vus, c'est déjà trop de honte ! . . . Tu savais bien que les potins circulent à tire d'aile ici . . . Tout Québec sait qui ils sont, tout Québec en parle . . . On te pense amoureux de la jeune fille . . . TU T'ES COM- PROMIS, TU T'ES AVILI, TU M'AS DÉSHONORÉ! (P. 193.)

Sur quoi notre bon jeune homme, pris de confusion, répond en baissant la tête :

— Le reproche est bien cruel, mon père. . .

— Mais pourquoi as-tu fait cela ? . . . Dès qu'elle a blasphémé le Dieu qui est le tien, qui est le nôtre et celui de ta race, comment n'as-tu pas rougi de rester près d'elle ? A la fréquenter, tu aurais dû la haïr ! . . . Mais non, au lieu de lui faire UNE BONNE LEÇON DE FOI CA- NADIENNE-FRANÇAISE, tu lui pardonnes, tu l'excuses, tu en fais ton aniie, tu t'affiches au milieu de tout Québec, tu laisses croire à tous que tu l'aimes ! . . .

(P. 194-195.) En vain le fils veut-il tenter une justification, une explication tout au moins : son papa ne lui en donne pas le temps :

— ...Le Canadien-Français, au fond de toi-même, ne s'est donc pas révolté contre un pareil voisinage?... Ils rougissent de toi, tous ceux dont le premier je t'appris

les noms et l'épopée : Champlain, nos missionnaires : nos héros : Dollard, Bougainville, Iberville, Hélène (?) de Verchères et tous ceux qui s'imnaortalisèrent p)Our la race et la croix !. . . (P. 194-195.)

Ici le pauvre garçon se sent hors de combat. Pour suprême argument, il ne lui reste plus que d'invoquer le nom de l'abbé Lavoie.

— . . .Pourquoi seriez- vous impitoyable ■> L'abbé Lavoie m'a pardonné, lui . . .

— Tu mens ! s'écrie le père, furieux , . . L'abbé Lavoie ne peut t'avoir pardonné, lui moins que tout autre ! . . . IL AIME TROP BIEN SON CHRIST POUR AVOIR SANCTIONNÉ (sic) TON AMOUR D'UNE FILLE DE RENAN!... (P. 201.)

Enfin, pour résumer le débat, il en vient à

déclarer, purement et simplement, que Jules

n'est plus son fils et que Marguerite Delorme,

n'ayant pas la foi, ne peut être autre chose

qu'une femme de mauvaise vie : excusez du

peu !

...Les Hébert n'ont jamais fraternisé, que je sache, avec les ennemis du Christ!... Jules est le premier qui déchoit!... Avant d'avoir aimé CETTE FILLE (sic), il était de ma race, il n'en est plus!... (P. 203.)

*** Tels sont, peints par eux-mêmes, les deux personnages préférés de l'auteur. Il leur a prêté tout son esprit et toute son âm.e ; d'un bout à l'autre du livre, c'est M. Hector Bernier luimême qui parle par la bouche de Jules Hébert et d'Augustin Hébert, représentants tous deux, comme il les appelle, de " l'âme canadienne ". Ils nous livrent la pensée maîtresse et le fond même de l'œuvre.

Ils nous aident aussi à pénétrer, dans une lar-

ge mesure, le style de l'auteur et ses qualités proprement littéraires. Quelques autres passages, pris au hasard, achèveront de nous fixer sur ce point. Tenez-vous bien, s'il vous plaît !

Genre gracieux :

—Vous aimez le Saint-Laurent, Mademoislle?

dit Jules Hébert à Marguerite Delorme. Je vous

en remercie. . .

Mais jDermettez-moi de badiner (sic) à mon tour. Aimer, c'est posséder, paraît-il ; s'il contient tous les flots du Saint-Laurent, votre cœur est immense. . . (P. 14.)

Tout en buvant des tasses de thé, sur la Terrasse, Marguerite et son compagnon causent psychologie ;

— Savez-vous à quoi me fait songer le cœur des coquettes ?. . . (dit soudain le jeune Canadien). L'amour qu'elles donnent fond comme le petit bloc de sucre que je laisse tomber dans ce breuvage . . . Leur cœur est un liquide bouillant qui dévore autant de pains de sucre qu'elles ont d'aventures ... {P. 92-93. )

Et la jeune fille ayant approuvé, il conclut finement — "un peu ironique " :

— Elle doit être passionnante, la chasse au gibier mâle.

Tu parles !

Monsieur et Madame Delorme sont allés

visiter les chutes Montmorency en compagnie

de leur fille et de Jules Hébert. Comme ils

s'exclament devant la majesté du spectacle,

arrive Mademoiselle Hébert, la sœur du jeune

" patriote ".

Puisque vous avez la gentillesse (sic) d'admirer les beautés de mon pays, monsieur et madame Delorme, voulez-

vous joindre Jeanne, ma sœur, aux corr.pl irr.ents que vous en faites? dit Jules. (P. 121.)

Genre attique. Aux chutes encore :

Cela NOUS BAT (sic), gens d'Europe, interrompit soudain Gilbert . . . {Même page, i

Devant la statue de Champlain, Jules Hébert

commence tout à coup un discours de husting :

Sa botte puissante s'empare du rocher de Québec !... La trompette claironne ses prouesses dans lâge futur... L'histoire enregistre les paroles, etc.

Ecoutez bien la réponse de la jeune Française "au langage raffiné " :

—Il est fier, IL EST ÉPATANT (sic), s'écrie-t-el!e. En le regardant, je me sens moins petite et meilleure... {P. 88.)

Quelques jours plus tard, Jules Hébert annonce à la voyageuse qu'il partira dès le lendemain pour la province. Il le faut :

Les élections POUR Ottawa se tiendront le Premier Septembre . . . (Les deux majuscules sont de l'auteur. ) (P. 130.)

En entrant chez l'abbé Lavoie, il annonce tout

de suite à son hôte qu'il ne vient pas lui parler

de politique.

La bataille a été rude, Monsieur le curé, mais il ne s'agit PAS D'ELLE... (P. 162.1

L'on sait maintenant, dans sa famille, qu'il aime la "Française". Sa mère, femme très distinguée, tâche de l'en consoler. Elle le fait en des termes d'une exquise délicatesse. Par exemple :

— Tu aimes ! s'écrie la mère. Cela devait venir et cela

devait T'ASSOMMER, te prendre tout entier...

Madame Hébert encore, le soir de l'arrivée du

Laurcntic :

— Tu ne croiras peut-être pas ? reprit-elle déjà rassurée, très souvent tu m'aurais surprise à JONGLER (sic), si tu avais pu me voir à travers l'espace. . . (P. 40.)

Genre Flaubert :

Elle se tordait, la petite fille mourante, sous les griffes D'UNE MÉNINGITE ATROCE A LA BASE DU CER- VEAU. {P. 235.)

La maladie, réagissant sur les yeux, AVAIT DIMINUÉ L'ACUITE VISUELLE AU POINT QU'ON AVAIT PRÉDIT LA CÉCITÉ ABSOLUE. ( Ibidem. )

LE MÉDECIN QUI AVAIT TERRASSÉ LA MÉ- NINGITE BRUTALE AVAIT DIT QUE LA VISION, QUOIQUE SAUVÉE, SERAIT TOUJOURS A LA MERCI D'UNE FATIGUE INTELLECTUELLE IN- TENSE ou d'un chagrin vif et prolongé. ( Ibidem. )

Ses yeux avaient besoin de calme afin de regagner leur énergie VISUELLE. (P. 236.)

C'est là.. . que Jules, au jour de son départ, AVAIT REGARDÉ LONGUEMENT LES DEUX FEMMES EN PLEURS SUR SA POITRINE AFIN D'EN RES- TER DIGNE (sic). (P. 32.)

Un vide intolérable descend au fond de son être LE PLUS VITAL. IL DÉFAILLIT (sic) sous une douleur qui l'étreint au vif. MAIS PLUS LA CHOSE SAIGNE, PLUS IL se sent infiniment bon ... {P. 149. )

Madame Hébert à son fils, pour lui dénoncer

Marguerite Delorme :

Elle te ligota si bien que tu n'as plus bougé... LES BATTEMENTS DE TON CŒUR FURENT LES COURROIES DONT ELLE SE SERVIT... {P. 187.)

Gilbert Delorme à sa fille, pour lui reprocher

ses relations avec Jules Hébert:

N'essaye pas de nier, CELA EST ÉCRIT SUR TON VISAGE POURPRE ET DANS TES YEUX QUI SONT INJECTÉS DE HONTE!... (P. 225.)

Genre pittoresque :

Le Laurentic, paquebot d'allure altière, remontait GRACIEUSEMENT le Saint-Laurent. (Première page, première phrase. }

Jules Hébert à Marguerite Delorme, au moment où le paquebot approche de Québec :

Dans quelques heures, le quai se couvrira de robes claires et d'ombrelles légères, un vapeur de Québec accostera, rendra les maris à leurs épouses (sic), les frères à leurs sœurs, LES GARÇONS A LEURS JEUNES FILLES. (P. 18.)

Description de Québec au soleil couchant :

La rue de la Fabrique est en liesse, l'Hôtel-de-V'ille est radieux, le^ Basilique rajeunit dans le soleil qui baisse. Le vieux séminaire parle d'immortalité. Monseigneur de Laval est gigantesque. LE CHIEN D'OR RONGE. Le Château Frontenac a grand air et noble stature. (P. 86.)

(Le Chien d'Or ronge !)

Dialogue entre Jules Hébert et sa sœur, devant un autre coucher de soleil, au jardin Montmorency :

— Que c'est beau ! s écrie Jeanne.

— L'incendie dévore les montagnes ! dit Jules.

— Le fleuve charrie du sang !

— Lévis est en flammes !

— L'Ile d'Orléans brûle !

—TON CŒUR SAIGNE SUR TA ROBE DE MOUS- SELINE ! dit Jules.

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