PORTRAITS Ç
beaucoap de pomaîts, qui tous me iCBembknt, si l'oa veut, mais doot aaam ne ressemble anx autres. Il y a bien, dans txNis, un je ne sais quoi qui donne la sensation qu'ils ont été faits d'après le même indirôiii, ce qu'on appelle un air de fiunille; mais pas davantage. La diose n'a point de gravité, quand il s'agit d'un gentilhomme sans importance comme votre serviteur. Mais il en va de même pour les pins grands personnages.
Utien et Holbem ont peint le roi François I^. C'est à peine s'il 7 a quelque nppoft entre le profil héroïque, évoqué par le gnmd Vénitien, et le grcûn tuméfié, soignoisement copié par le maître allemand. Les inncmibrables images de Napoléon, que la mode exhuma des cartons dans ces dernières années, sont, à cet ^ard, tout à fidt décourageantes. J'en suis désolé; mais je ne sais pas au juste quelle était la figure de mon Empereur.
Le Coran aurait-il raison, quand il interdit de reproduire, par les arts du dessin, la fi>rme humaine? D'ailleurs, qu'il le défende ou non, absolument parlant, c'est impossible.
Un peintre, si réaliste qu'il soit et quand même il ne serait pas plus ému devant un visage que devant une carotte, a toujours cependant sa fiiçon particulière, spéciale, persoimeUe, de voir et de sentir la namre. Sans parler des couleurs, qui, à coup sûr, sont différentes pour les yeux de chacun
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de nous, U fonne, non plus, n'est jamais identiquement la même pour tous. Celui-ci voit sec et dur; celui-U, c flou » et enveloppé. Ajoutons que la part est grande, chez tous les artistes, de la manière, du pard-pris, du procédé, de l'habitude, ^ et chez quelques-uns, chez les plus grands, chez les meilleurs, — de l'idéaL On pourrait presque dire qu'un artiste, quels que soient sa conscience et son amour de la vérité, ne fait jamais que le portrait de son rêve.
Et que la Science ne se hâte pas de triompher, en brandissant des photographies, et de se croire supérieure à l'Art. L'objectif lui-même n'est pas infaillible. Il ignore les lois de la perspective. Par exemple, je n'ai rencontré encore, dans aucune photographie, un nez, vu de face, qui fut pareil au modèle. On trouve, ici, plus de précision, plus de détails; mais il existe, entre plusieurs portraits photographiques de la même personne, de fortes dissemblances, et l'écart est encore très notable qui sépare l'image de la réalité. De plus, point de couleur, — du moins jusqu'à nouvelle découverte. ^ C'est encore le peintre qui peut le mieux fixer, du bout de ses brosses, l'impression générale d'un visage humain.
Dieu me pardonne I Je tombe dans l'esthédque, alors que je n'y entends goutte et que je considère cette prétendue science — entre nous soit dit — comme de la viande à gens soûls. Excusez-moi.
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La ressemblance d'un portrait n'est intéressante que tant qu'on peutle comparer au modèle vivant ou tant qu'il reste» du moins, des témoins qui ont connu ce modèle. Au bout d'un temps plus ou moins long, le portrait ne garde que sa valeur d'art et n'a de chance d'être conservé que s'il est beau. Tout au plus, le pieux souvenur des familles respecte-t-il quelques croûtes. Mais il ne faut pas s'y fier, et les familles, elles aussi, s'éteignent et disparaissent tôt ou tard. La qualité du modèle, ressemblant ou non, n'a aucune influence sur la destinée d'un portrait. Franz Hais a peint, il y a plus de deux cents ans, une servante de cabaret qui triomphe au Louvre et qui y restera peut-être pendant des siècles; et j'ai vu, l'autre jour, devant l'échoppe d'un marchand de bric-à-brac, un toutou qui levait la patte sur l'aristocratique image d'un grand seigneur à cordon bleu.
Mardi dernier, au <l Vernissage » du Salon des Champs-Elysées, d'innombrables portraits ont défilé devant mes yeux. Quelques-uns, bien peu certainement, — on peut le dire sans offenser le talent et l'effort des artistes, — deviendront un jour la parure et l'honneur des musées et des collecdons. Le sort des autres est trop mélancolique pour que j'y arrête ma pensée, a Vieux tableau :s> est un des plus cruels termes de mépris créés par l'argot populaire.
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Cependant, c'est pour Thomine un besoin très Intime de laisser après lui sa ressemblance ou ^» pour mieux dire — son spectre. Et Ton continuera de s'asseoir près des chevalets et de faire braquer sur soi le canon des appareils photographiques. On n'aura pas tort, après tout; car il est encore des cœurs fidèles qui n'oublient pas les disparus et s'attendrissent devant leur image, même inexacte et informe. Je sais un homme en cheveux gris, qui tire parfois du fond d'un tiroir la carce-portrait, toute jaunie et presque effacée, d'une jeune femme en crinoline et en manches pagode, et qui U regarde, je vous assure, sans sourire de la toilette surannée. Beaucoup d'entre nous ne s'estiment-ils pas très heureux d'entrevoir encore, dans le miroitement d'une vieille plaque de daguerréotype, les traits de parents chéris et vénérés?
J'ai, dans ma chambre à coucher, les portraits, brossés par un peintre d'enseignes, de mes aïeux du côté maternel. Je ne les ai connus ni l'un ni l'autre, et le barbouilleur les a, très probablement, défigurés. N'importe I Je sais que la vie de ce vieux serrurier en redingote des dimanches et de sa femme en bonnet à ruches fut probe et pure; et j'ai plaisir à garder sous mes yeux les deux méchantes toiles. Je ne sens plus du tout le ridicule de ces icônes naïves et presque caricaturales. Que dis-je? Elles me sont précieuses et sacrées.