‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 21 sur 66 · LA DÉCENTRALISATION · texte numérisé non relu

LA DÉCENTRALISATION

n'est-ce pas? Ni moi non plus. Ceux qui nous tracent le tableau enchanteur des diverses provinces vivant à leur guise, n'ont pas, du reste, le courage de pousser leur système jusqu'à ses dernières conséquences. Pourquoi, par exemple, le faubourg Saint-Germain, qui n'est habité que pa^ desaristos, ne proclamerait-il pas roi le jeune duc d'Orléans, entouré de (lues en habit bleu à bouton d'or, tandis qu'à Belleville on ferait une petite expérience de socialisme de quarder, d'anarchie d'arrondissement? Pour être logique, il faudrait cependant respecter jusqu'au bout les préférences de l'opinion locale.

Non, je ne suis pas fou de ce qui existe. Je vois arriver, sans enthousiasme, le temps où il n'y aura plus en France que des fonctionnaires, même pour cultiver les champs,^ et où l'on n'obtiendra unemploide laboureur ou de berger qu'après avoir passé un examen et promis de voter docilennent sur les indications du ministère de l'Intérieur. Évidemment, ce n'est pas là mon idéal. Mais qu'y faire ? Dans tous les cas, le pire remède serait de diviser le pays et de TaiTaiblir, et cela quand nos voisins les plus proches — pour ne pas dire nos ennemis — font de l'unité et de la concentration à tour de bras.

Que n'avons-nous encore, derrière les Alpes, ritalie de Stendhal et de la Chartreuse de Tarme, ritalie où il fallait changer sa monnaie à chaque relaisde poste? Que n'avons-nous, au delà du Rhin,

rAUemagne d'il y a trente ans, divisée en un tas deHesses et de Saxes, avec ses principicules commandant à des armées de quatre hommes et un caporal, «t ses grands-ducs qui ne vivotaient que par le commerce des décorations et n'étaient bons qu'à épouser morganatiquement des danseuses et des cantatrices? C'était très gentil» ce voisinagelày et pas dangereux. S'il y avait encore des princes de Lippe-Lippe et de Latour-et-Taxis, on pourrait causer et faire un peu de girondinisme en chambre, le dos à la cheminée, à l'heure des petits verres et du cigare, avant d'aller retrouver les dames.

Mais ils sont passés, ces jours d'innocence. Par notre faute et notre très grande faute, les peuples se sont épris de redoutables fariboles; principe des nationalités, irrédentisme, groupement des races, etc. Nous savons ce que cela nous a coûté. Mais le mal est fait. L'Europe est hérissée de baïonnettes; partout, on centralise à outrance, et le roi de Saxe ni celui de Bavière n'ont même le droit de graver leur profil sur les timbres-poste.

En vérité, le moment est opportun pour demander le rétablissement des États de Languedoc et du Parlement de Bretagne!

Les décentralisateurs nous parlent sans cesse de la Suisse et de l'Amérique du Nord et nous les proposent comme modèles. Ils nous montrent avec admiration le groupe des étoiles sœurs dans l'angle d'azur du pavillon des Etats-Unis; ils

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