‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 30 sur 66 · EN ROUTE · texte numérisé non relu

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donc le perron, le haut toit d'ardoises et les deux pavillons carrés ont grand air, mais où la volaille picore le fumier dans un coin de la cour envahie d'herbes folles, près des hangars, encombrés par le pressoir et les charrettes. Derrière la maison, le jardin français est sans fleurs et négligé. Mais comme il fait bon se promener dans la fraîcheur des vieilles charmilles, sous les marronniers géants ou le long des buis énormes en bordure, qui exhalent au soleil d'août leur odeur salubre et amère!

Je suis toujours ému par ces antiques demeures qu'entoure et que pare l'étemelle jeunesse de la nature et dont la vigne vierge et la glycine cachent seulement quelques lézardes. Je ne gravis jamais sans émotion les degrés, usés par les pas, de leur seuil hospitalier. On respire id, avec un vague parfum de fruits conservés pour l'hiver, on ne sait quelle atmosphère de respect du passé et de traditions bien gardées. Qu'ils sont touchants, dans le salon, ces débris du luxe de jadis, ces portraits enfumés, ces meubles passés de mode, ces livres aux reliures fanées I Ce n'est pas seulement par honorable pauvreté qu'on les conserve si précieusement. Non, on les aime, on n'en veut pas d'autres, tant ils sont pénétrés de souvenirs. Un pieux sentiment les protège. Remisera-t-on au grenier ces fauteuils branlants où les aïeux ont somnolé? Fera-t-on repeindre cette boiserie cra-

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quelée et piquée des vers, sur laquelle des traits au crayon et des dates rappellent la taille des enfants à différents âges, des enfants qui sont des hoounes aujourd'hui, lancés dans la lutte, trop souvent absents du foyer ? Jamais I Ce biic-à-brac est l'objet d'un culte, ces vieilleries sont sacrées.

Chez mon ami Gustave d'O... et parmi les siens, j'ai retrouvé la vieille France. Sur la table frugale de mon hôte, il y avait du vrai vin et du vrai beurre, choses qu'on se procure assez difficilement dans les lieux où sévit le progrès. Mais je rencontrais là une rareté encore plus extraordinaire, j'avais sous les yeux un spectacle dont nous sommes de plus en plus privés. Je voyais des enfants honorant leur père et leur mère, selon la recommandation des catéchismes de deux sous. Je sais bien que l'esprit de famille, ainsi que le sentiment nadonal et quelques autres préjugés auxquels j'ai la faiblesse de ne pouvoir renoncer tout à fait, c'est le vieux jeu, c'est quelque chose de suranné et qui tend à disparaître. Accusez-moi, si bon vous semble, d'un effort impuissant et ridicule contre le triomphe du délicieux oc moi ]», du sacro-saint individualisme. Mais cet harmionieux accord de l'autorité et de la douceur chez les parents, de la tendresse et du respect chez les fils, m'a fait quand même plaisir à voir.

Vieux célibauire, je me félicite parfois de ne point laisser de postérité; car l'avenir ne m'ap-

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