‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 37 sur 66 · A L EXPOSITION DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

A L EXPOSITION DE BORDEAUX

nouveau, cette pouillerie africaine et asiatique; mais il paraît qu'elle est obligatoire dans toute Exposition qui se respecte. Pour ma part, ce spectacle me répugne. Je trouve quelque chose de barbare dans cette habitude que nous prenons de montrer, comme des bêtes, quelques exemplaires des exotiques que nous avons vaincus. Entre nous, l'idée est même assez indigne d'un peuple chrétien et civilisé.

Et qu'on ne me parle pas d'instruction, de leçons de choses. Je vous assure que, l'autre jour, les badauds, qui regardaient, avec des yeux ronds, les négresses callipyges, n'étaient nullement préoccupés d'ethnographie, et ce n'était pas non plus dans un intérêt sciendfîque que les cocottes en chapeau à panache s'extasiaient devant le beau Soudanais couleur de bronze, qui dansait en faisant tournoyer son canjiar au-dessus de sa tête crépue.

J'ai tort peut-être; mais je sens, dans de pareilles exhibitions, un mépris de l'humanité, qui me choque et m'attriste. Devant les baraques où les Annamites, maigres et simiesques, travaillaient et maniaient agilement leurs outils primitifs, j'ai eu ce singulier cauchemar. Les races, dites inférieures, avaient pris le dessus; l'Occident était conquis par les Jaunes, et ils avaient envoyé làbas, à l'Exposirion de Pékin, en guise de trophées humains, — comme nous le faisons, précisément.

— quelques Européens de professions diverses. J'en étais. Je me voyais, U plume à la main, dans mon échoppe, sous un éoiceau portant le mot : c homme de lettres >; et la foule des Chinois à longue queue défilait devant moi et me regardait avec étonnement faire de la copie.

Sous l'impression de ce fôcheux rêve, je suis sord de l'Exposition de Bordeaux. Elle est, je le répète, fort jolie et amusante. Mais, décidément, j'aime peu le charlatanisme, les décors bâclés, les splendeurs de boue et de crachats destinées à disparaître, et ce que j'ai encore vu de mieux là-bas, c'est Bordeaux, c'est l'admirable ville elle-même; ce sont les clochers gothiques, les nobles architectures de Toumy, le pont du Grand Empereur, la large Garonne aux flots blonds, et, devant la forêt des mâts, épousant la courbe gracieuse du fleuve, la majestueuse façade des Chartrons.

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Le Congrès des Religions

I ANS un tout récent numéro de la ^gvue de Taris, M. Tabbé Victor Charbonnel a publié sous ce titre : Un Congrès universel des "Religions en Jpoo, quelques belles et éloquentes pages que je viens de lire avec l'intérêt le plus ému.

Ce prêtre courageux et libéral propose de renouveler en terre de France, à Taurore du vingtième siècle, ce qui s'est passé en Amérique, lors de l'Exposition de Chicago, c'est-à-dire de convoquer à Paris une assemblée qui réunirait des représentants de tous les cultes et dans laquelle, abjurant tous les fanatismes, s'inspirant du plus large esprit de tolérance, ayant surtout le souci

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de la puissance morale que condennenc les doctrines religieuses ec se plaçant au-dessus des particularités dogmariques qui les séparent, des hommes de bonne volonté prodameraîent solennellement que la croyance en Dieu est un besoin pour llionune et qu'elle est indispensable à son bonheur et à son perfecdonnement.

Il ne s'agirait pas «* comprenez bien — d'une nunière de Condle, et aucune question théolo* gique ne serait agitée. Le souvenir est odieux de ces tumultueuses discussions où prêtres et moines se bombardaient de textes et d'injures, s'anathématisaient réciproquement et finissaient toujours par se séparer, enflammés plus qu'auparavant de la rage des persécutions. Mais le bûcher de Jean Huss est éteint et les poignards de la Saint-Barthélémy sont rouilles. On ne se demandera pas, au Congrès des Religions, s'il faut communier sous deux espèces ou sous une seule, et Ton n'ouvrira pas la bouche sur l'Immaculée Conception ni sur la Présence réelle. On y cherchera simplement, loyalement, comme on Fa déjà fait à Chicago, un terrain de paix religieuse et de conciliation des âmes.

Ce qui s'est passé de l'autre côté de l'Atlandque est pourtant d'un bon exemple. Non seulement les ministres des diverses confessions chrédennes et même de plusieurs cultes païens s'y sont réunis sans se jeter leurs bibles à la tête,

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