LE CONGRÈS DES RELIGIONS
ne les convoquera pas officiellement» sans douce; mais il verrait avec joie les catholiques français prendre l'initiative de cette grande idée et il la soumet, pour ainsi dire, à leur suffrage.
On devrait croire, dans ces condidons, au succès de la campagne qu'entreprend aujourd'hui M. Tabbé Charbonnel. Elle rencontrera pourtant, je le prévois, bien des difficultés, bien des résistances. Sans parler des fanatiques qui, fort heureusement, deviennent rares, il y a les timides, qui sont légion, les immobiles, ceux que toute hardiesse épouvante. Il faut que l'abbé Charbonnel s'y résigne. Sa bonne pensée ne trouvera pas beaucoup d'appui chez ceux qui sembleraient, au premier abord, devoir en être les défenseurs naturels. Il existe aujourd'hui — le sait-il? — des dévots et des prêtres qui, parce que Léon XIII a le sentiment des besoins de la société moderne, le tiennent pour un dangereux révolutionnaire, et qui prient, et qui disent des messes pour la conversion du Saint-Père.
Ces braves gens — j'en suis persuadé — seraient incapables de brûler les juiifs et d'expulser les protestants; mais la seule idée de voir des prêtres en soutane et en rabat, assis, dans une assemblée, à côté de pasteurs, d'imans et de rabbins, va leur tourner les sangs. Votre Congrès, monsieur l'abbé, leur apparaîtra comme une monstruosité, comme une espèce de religion par-
lemencaire, où les arddes de foi seront soumis au caprice du suflrage universel et où Ton fera des miracles éleaoraux. Ils imagineront tout de suite un Pape constitudonnel, des cardinaux responsables, que sais-je? des interpellations sur les dogmes, une sous-commission des prières. Ah ! j'entends d'ici les jolies épigrammes que vont tourner les jeunes abbés ambitieux, dans les évêchés, pour amuser Monseigneur, et aussi les lourdes plaisanteries dont poufferont les curés paysans, entre la poire et le fix>mage, à la fin des dîners de conférence.
Cependant, que l'abbé Charbonnel se rassure et ne se décourage pas. Beaucoup d'âmes sincères seront touchées par ses généreuses intentions, répondront à son appel. Car son programme nous montre un but, — oh ! bien confus, bien lointain, certes, — mais éblouissant : l'union des Eglises, la paix religieuse entre les hommes.
Quelqu'un m'interrompt. C'est un esprit fort. Il m'assure, avec un sourire avantageux, qu'il esc bien inutile de rêver une religion universelle, attendu que, demain, — ou un peu plus tard, — l'humanité sera devenue assez raisonnable pour ne plus s'inquiéter du mystère qui l'environne, ni du problème de sa destinée, et qu'elle pourra, par conséquent, se passer tout à fait de croyance. Par malheur, cette prophétie est déjà vieille, et rien n'indique qu'elle doive jamais s'accomplir.
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Bien au contraire, plus je vais, et plus j entends, autour de moi, les incrédules et les sceptiques se plaindre de leur détresse intime et regretter la foi perdue.
Si Ton constate, en effet, dans notre vieille Europe^ et spécialement dans les races les plus anciennes et les plus épuisées, — comme la nôtre, — cet affaiblissement du sentiment religieux, on ne remarque pas, pour cela, qu'elles soient en progrès dans la voie du bonheur et de la vertu. Il semble même que les hommes, déshérités d'un idéal supérieur, mais plus que jamais dévorés par Tespric de chimère, souffrent avec une pire impatience et une plus amère douleur les injustices fatales de leur condition, et que les plus effrénés soient sur le point de sadsfaire leurs appédts et tout au moins de se venger de leur misère par tous les moyens, même par le crime. Il y a des âinatiques conune autrefois, prêts à tuer et à mourir, hélas! Les misérables sont exaspérés, n'ayant plus d'espérance surnaturelle qui les console, et les repus, pleins de terreur, se sentent entourés d'envie et de haine. Les esprits les moins pessimistes en sont averds par un secret insdnct : les heures que nous vivons sont redoutables; et, devant l'horizon noir, dans l'atmosphère étouffante, les sourds grondements d'un orage près d'éclater commencent à couvrir la voix mensongère des conducteurs du peuple, qui, la peur au
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ventre, osent lui parler encore de confiance et cTespoir et lui renouveler des promesses auxquelles il ne croit plus.
La liberté de conscience m*est sacrée» et, bien que foncièrement religieux, mon esprit est rebelle aux mythes et aux idolâtries. Mais — j'en ai la conviction — il n*est pas vrai que Thomme puisse vivre heureux dans le grossier matérialisme dont nous sommes malheureusement infestés. C'est, au contraire, une raison pour qu'il sente plus profondément sa solitude et son impuissance devant les iniquités de la nature et de la vie. Il n'y a point de morale, et, par conséquent, point de bonheur, sans idéal. L'âme a des ailes; elle peut s'élever au-dessus des dogmes et des cultes, dans une sereine région, où lui apparaissent une justice et une vérité supérieures; et jamais elle n'a monté plus haut que dans les espaces infinis qui lui furent ouverts par l'enseignement de Jésus. Elle se trouve alors devant un Seigneur, qui est le plus miséricordieux des juges et le plus tendre des pères, et qui lui pardonne toutes ses impuretés, toutes ses défaillances, si elle a seulement obéi à la loi chrédenne, à la loi d'amour et de chanté.
Cette religion, qui est la mienne, rend la vie supportable, car elle verse sur les blessures de l'âme le délicieux baume de l'espérance. Elle pourrait encore accomplir, dans la foule contem-
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poraine, si triste et si sombre, des mirades de consolation. De pieux et dignes prêtres, oubliant leurs divisions confessionnelles, se sont unis, une fois déjà, en Amérique, dans cette croyance si simple, si pure, vraiment divine, et Tont haute^ ment proclamée. Qu'ils renouvellent, chez nous, à Paris, cet admirable essor en plein ciel. Tous les coeurs se joindront à leur acte de foi, toutes les voix répéteront leur prière.
zp septembre i8ps*
Vingt-cinq ans après
E début d'automne, chaud, sec et poudreux, sans brume matinale, sans un seul nuage, ce vent du Nord-Est, faible et immobile, cette lumière éclatante, je les connais. Ils me rendent mes sensations du tragique mois de septembre 1870. Quand même rAUemagne ne célébrerait pas si bruyamment ses noces d'argent avec la victoire, je me souviendrais de nos douleurs et de nos angoisses d'alors, devant rimpassible splendeur de cette fin d'été.
Il faisait ce temps-d, — oui, le même, précisément le mêmef — il y a vingt-cinq ans; et, tandis que la grandeur de la France s'écroulait, le ba-