‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 40 sur 66 · VINGT-CINQ ANS APRÈS · texte numérisé non relu

VINGT-CINQ ANS APRÈS

romècre était au beau fixe. Une fois de plus» la nature manifesta son indifférence devant les agitations de la fourmilière humaine, et nous souffrîmes de sa mystérieuse sérénité comme d'une ironie, comme d'une injure.

Ne haussez pas les épaules, jeunes gens! C'était affreux, à l'instant du réveil, de se rappeler brusquement que les envahisseurs marchaient sur Paris et de voir, en même temps, la blonde lumière filtrer entre les volets. Sur la ville bouleversée par les préparatifs de la défense, sur les citoyens s'exerçant à la hâte au maniement des armes, sur cette foule énervée, se grisant de pa^ rôles martiales et de folles espérances, mais où tous les cœurs étaient, au fond, crispés d'inquiétude, le ciel avait un air de fête, souriait, étincelait. Et tout cet azur, toute cette clarté passaient sur nos âmes consternées et ajoutaient à leur accablement.

Comme tout cela est loin ! Un quart de siècle! Presque aucune trace matérielle ne reste, dans Paris, de l'énorme désastre; mais ceux de ma génération n'ont pas oublié, n'oublieront jamais. Ils songent aux provinces perdues, à la frontière mutilée, à cette déchéance pendant si longtemps subie, — faut-il le dire, hélas? — tacitement acceptée! Dans ce vent d'Est, qui souffle pourtant à peine, ils ont la cruelle illusion d'entendre l'écho des ce hoch I }d triomphaux qu'on pousse là-bas,

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à l'occasion des glorieux anniversaires. Mais, surtout» cette exceptionnelle beauté de l'arrièresaison, ce mois de septembre si radieux et si pur, leur rendent les souvenirs de ce temps-là, plus aigus et plus douloureux que jamais.

Quant à moi, ils m'obsèdent. Je retrouve ma souf&ance de jadb devant le contraste qu'offraient le calme imposant de la nature et le d^rdre horrible de la guerre. Je revis les dèdes journées — pareilles, toutes pareilles à celle-d — que j'ai vécues dans la ville tumultueuse.

Me voici d'abord au Luxembourg, faisant l'exerdce avec ma compagnie, suant sous la vareuse à boutons defe^blanc,manœuvrantmaladroicement le lourd fusil transformé. Et le del bleu luit comme du sadn, et le soleil allume un éclair à chaque baïonnette. Puis je monte la garde à la porte d'Italie, où les sapeurs du génie et les terrassiers travaillent aux remparts et soulèvent à coups de pioches une poussière dorée. L'atmosphère est brûlante, et toujours l'ardent soleil fait luire le bronze des grosses pièces de posidon, ancien modèle, qui gisent dans l'herbe rousse du talus.

C'est sur un implacable azur que se découpaient nos vieux édifices, dans l'après-midi du 4 sep* tembre, quand, enragés par la nouvelle de la capituladon de Sedan, des hommes, attachés à des cordes ou grimpés sur des échelles, brisaient les aigles et les écussons impériaux. Il faisait beau,

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