‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 4 sur 66 · PAUL BOURGET I · texte numérisé non relu

PAUL BOURGET I

de désir. Ces pensées-là m'obsédaient, pendant les heures sévères que je viens de traverser. Heureux ceux qui prient I

Mais ce n'est pas tout, et je ne me contente pas de réserver, pour un rayon favori de mes casiers, ces ouvrages de haute littérature. Vertueux bourgeois, m'accorderez-vous encore votre coup de chapeau quand je vous aurai avoué que je vais cacher, avec une joie un peu monstrueuse, dans c l'enfer :» de ma bibliothèque, le deuxième recueil des chansons d'Aristide Bruant? Du moins, cet homme ne vous prend pas en traître. S'il est botté, c'est pour vous conduire dans les égouts. N'importe, il met dans ses refrains crapuleux de la vérité et de l'émotion. Oui, je sais bien. C'est un autre genre que le Génie du Christianisme ou que l'ancien éMagasin pittoresque; mais c'est fameux tout de même.

Voilà le seul avantage des longues maladies.

On a le temps de prendre un bouquin, de le feuilleter et de passer à un autre. Je ferme donc Vans la rue et je reviens à VOutre-é^er de mon cher Bourget.

Dans son livre si vivant, il m'a fait connaître l'Amérique, mais je ne puis dire qu'il me l'ait fait aimer. Après m'être promené avec lui — par l'imaginadon — dans cette trépidante société des Etats-Unis, je me sens brisé de fatigue, comme après deux nuits de wagon. Décidément, je n'ai

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rien d'un c glob-trocter ». Ohl je vois bien tout ce qu'il y a là-bas de fort, de grand même. Cette liberté vraie, ce triomphe de Tindividu, cette explosion de Tiniciative privée, cette absence de règlements et de paperasses» ce respect de la femme, cette puissance du sentiment religieux, cette intensité de travail, tout cela prouve, clair comme le jour, que l'Amérique a encore ce que nous n'avons plus, hélas I la jeunesse. Mais, sans même regarder le revers de la médaille, que Bourget d'ailleurs ne dissimule pas, — furieuse âpreté au gain, manque de scrupules, absence d'idéal, brutalité de mœurs, — disons que, si Ton infusait à la vieille Europe, comme une sorte de vaccin à la Brown-Séquard, les habitudes et les insritudons des Yankees, elle deviendrait, pour les gens comme vous et moi, tout à fait inhabitable.

Méfions-nous. La chose n'est pas impossible, avec la folie d'imitadon qui nous empoigne quelquefois. N'oublions pas que nous ne pouvons respirer qu'une atmosphère saturée de tradidons et que le passé, c'est notre oxigène. Lisez Outre'&fer et admirez du monde américain tout ce qu'il a d'admirable. Mais faites attention au mot de Forain, cité par Bourget.

Comme un milliardaire de New-York ou de Chicago faisait admirer à ses hôtes, dans son palais, un buste de Louis XIV, un superbe marbre

PAUL BOURGBT If

de Fépoque» Famer caricaturiste mâchonna entre ses dents cette épigramme féroce :

« Oui, ils ont le portrait du Grand Roi... mais ils n'ont pas celui de leur grand-père. ]>

ai mars zS^S»

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Arbres parisiens

I NE émotion très vive — je l'ai partagée — s'est répandue, ces jours derniers, dans Paris, à la nouvelle qu'on avait abattu beaucoup de vieux arbres sur l'Esplanade des Invalides.

Aussitôt un toile s'éleva contre cet acte de vandalisme. La plupart des journaux s'indignèrent. M. de Montebello fit entendre, du haut de la tribune de la Chambre, une protestadon éloquente; et tout cet effort, heureusement, ne fut pas vain. Aujourd'hui, le ministre a suspendu l'œuvre de destruction.

Écoute, bûcheron; ar reste un peu U bras,

s'est-il écrié avec Ronsard; et le funeste ingénieur

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