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de la Compagnie de TOuesty qui était en train de gâter et d'enlaidir — et qui a pas mal gâté et enlaidi, en effet — ce coin de la rive gauche, a bien voulu se reposer un instant, une main sur sa hache, en s'essuyant le front du revers de sa manche.
Mais ouvrons l'œil et le bon, nous autres qui avons encore quelque soud de la beauté de notre ville, et méfions-nous. Le mal déjà fait est, m'as-, sure-t-on, considérable. Ce temps aigre et froid ne permettant guère à un convalescent de sortir, je n'ai pu m'assurer, par mes propres yeux, de l'importance du massacre, mais je sais qu'un très grand nombre d'ormes plantés sous Louis XV sont par terre. Or, si nous n'y prenons pas garde, les horreurs vont recommencer, et nous avons maintenant la preuve que presse, opinion. Parle* ment, tout cela ne pèse pas une once pour les assassins de vieux arbres.
Il s'agit, paraît-il, de construire là une gare? Pourquoi là plutôt qu'ailleurs, à quelques centaines de mètres plus loin, par exemple, à la place de cette manufacmre des tabacs qui nous fabriquerait, quand même et n'importe où, d'aussi mauvaises cigarettes? Mystère et potsde-vin I On préfère, en encombrant de bâtisses l'esplanade des Invalides, détruire un des plus admirables paysages urbains, je ne dis pas seulement de Paris, mais de toutes les capitales de
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TEurope, et, pour faire k place nette, on vend quinxe francs pièce des têtes d'arbres plus que centenaires.
Est-ce que cela ne vous fait pas bouillir les sangs, comme disent les commères?
Pour déshonorer une capitale par un édifice vraiment laid et ,inutile, — la Tour Eiffel, si vous voulez, — il suffit de peu d'années. Pour orner la même ville d'un grand arbre, qui est toujours une chose belle et salutaire, un siècle suffit à peine. Ajoutons que le déboulonnage de cette Tour absurde et gênante, qui fait en ce moment le désespoir des arrangeurs de la prochaine Exposition, exigerait beaucoup de temps, beaucoup de travail et beaucoup d'argent, tandis que le meurtre d'un orme historique, c'est l'affaire de cinq minutes et de vingt coups de cognée, que cela ne coûte rien et que la Caisse municipale embourse, au contraire, quelques maravédis.
Navrante antithèse, n'est-ce pas?
Parisiens, mes amis, ne nous endormons point. Il faut défendre nos arbres. Ils donnent un charme tout particulier à notre ville. Aucune des grandes cités de l'Europe ne lui est comparable à cet égard. Interrogez les étrangers qui viennent pour la première fois chez nous; tous sont étonnés, séduits par tant de verdure. Ne laissons pas arracher inutilement à notre cher Paris une seule feuille de sa firaîche couronne de feuillage.
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Et, pendant que f y sois, qu'on me pennette, en ma qualité de flâneur et d'amoureux de Paris, quelques mots de plainte et d*ayerrissement sur les plantations récentes de nos boulevards et de nos avenues.
L'ancien r^ime, que personne ne r^recte, avait cependant, en cette madère, d'excellences habitudes. Il n'était pas (Pressé. Il [Jantait comme l'octogénaire de La Fontaine et murmurait devant ses rangées de jeunes et grêles arbrisseaux:
Mes arrière-neveux me deunmt cet otiûfrage.
Aucun des arbres dont on embellissait jadis de préférence les jardins et la ceinture suburbaine de Paris ne pousse vite. On y rencontre le marronnier, d'une verdure un peu sombre et triste, pour mon goût, mais dont la floraison est éblouissante; le charmant tilleul, qui parfume les nuits de juin, et surtout l'orme, qui a ce premier mérite de prospérer dans tous les terrains, — l'orme cher à Sully, l'arbre français par excellence, à qui la puissance de sa charpente et la légèreté de son feuillage donnent à la fois tant de grâce et de majesté.
Ils sont devenus rares les verdoyants et gigantesques témoins qui attestent chez nos ancêtres ce souci de l'avenir, ce goût des choses faites pour durer. Quelques invalides, comme !• mar-
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ronnier du 20 mars, attristent les Tuileries de leur décrépitude. Les ormes sont de plus robustes vieillards; mais beaucoup d'entre eux furent abattus pendant Thorrible hiver de 1870. C'est un de mes plus tristes souvenirs du siège d'avoir vu transformer en bûches et en fagots les arbres vénérables du boulevard d'Enfer, aujourd'hui boulevard Raspail. Ils- dataient du Roi-Soleil. Deux hommes pouvaient à peine embrasser leurs troncs rugueux, et leur beauté était célèbre chez les peintres. Ces vieux modèles ont donné notamment plus d'une séance au maître paysagiste Français, et je les retrouve dans les tableaux et les aquarelles de sa jeunesse.
Sans doute, on a remplacé les morts; mais nos plantations nouvelles trahissent l'impatience de posséder et de jouir, qui est un des caractères de notre époque. On a choisi les espèces hâdves, on a voulu tout de suite des frondaisons et de l'ombrage. Voici bien quelques tilleuls adolescents qui ne feront bonne figure que dans une cinquantaine d'années. Mais c'est l'exception. Presque partout, je vois des platanes à qui le sol parisien ne convient probablement -guère, car la plupart sont malades et tordent des branches étêtées, semblables à des moignons. Les plus vieux n'ont pas trente ans, — à peine l'adolescence pour un arbre. Ayant grandi trop vite, ib ont l'air languissant de rhétoridens fatigués
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par le surmenage et la croissance. Hélas! ils mourront à la fleur de l'âge.
De vilains, d'abominables arbres, par exemple, et que j'ai en horreur, ce sont les vernis du Japon ; mais ils poussent comme champignons et on nous les prodigue. Mon vieux boulevard Montparnasse en est particulièrement empoisonné.
J'insiste sur l'expression, elle est exaae. Non seulement le feuillage du vernis est lourd et bête, mais sa fleur exhale, au printemps, une odeur infecte. C'est à croire que tous les matous en folie des environs se sont doimé rendex-vous dans les branches pour y commettre des incongruités. Mais je ne puis me faire comprendre que par une citation classique : c Tirez! cirez! ils ont pissé partout, » comme il est dit dans les Tlaiieurs.
La société moderne est fort égoïste et s'inquiète peu de la postérité. Je n'espère donc pas que nous revenions aux arbres lents, aux ormes de nos aïeux. Du moins conservons pieusement ceux qui subsistent.
L'explosion de colère de la populadon parisienne devant l'imbédle abacis de l'Esplanade m'a fait grand plaisir, et je m'y associe de tout mon cœur. Mais que nous soyons sûrs de triompher, je n'ai pas la naïveté de le prétendre ; et si, en 1900, la vue des Invalides et de l'admirable dôme de Mansard était bouchée par une gare avec tous ses accessoires, — hotel-terminus, su-
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don de tramways, cafés» brasseries et chalets de nécessité, — j'en serais plus désolé que surpris. Quoi qu'on en dise, nous sommes ici dans le pays des oppositions vaines et des frondes impuissances.
Sous le second Empire, quand il fut question de toucher à la Pépinière, ce fût, comme à présent, une indignadon générale, et, d'ailleurs, parfaitement justifiée; car cette parde du jardin du Luxemboujg, la plupart du temps soUtaire, avait un charme presque sauvage, était délicieuse. La protestation fut unanime et trouva même un écho dans la presse très domestiquée d'alors. J'avais fait, dans la Pépinière, mes premières chasses aux rimes, et je me revois, apprenant par cœur les jolis vers de Victor de Laprade, sur ce coin de vraie campagne en plein Quartier Latin, sur cet asile fleuri où plusieurs générations d'étudiants avaient promené leurs studieuses rêveries et leurs volages amours, où, comme disait le poète.
On feutUeiait un jeune cctur.
On s'àbsorhaU dans un vieux livre.
Haussmann courba le front sous l'orage, laissa le temps faire son œuvre, attendit qu'on fût las de crier; et la Pépinière fut anéantie.
La voix du public sera«t-elle aujourd'hui mieux écoutée que sous l'Empire?