DEVANT LA FOULE
guérisseur d'âmes, celui qui détruirait, chez les uns et chez les autres, le ravage de ces effroyables virus moraux qui s'appellent l'orgueil, l'égoïsme, la haine et l'envie, et qui empoisonnent la société moderne!
Comme il ferait du bien, celui qui viendrait nous rappeler quelques vérités essentielles et qui saurait nous en convaincre, celui qui nous dirait, par exemple :
a La forme de l'Etat n'est rien. La tyrannie d'un seul ou la tyrannie de tous, déléguant le pouvoir à quelques-uns, c'est tout comme. Les lois non plus ne sont pas grand'chose, et le plus simple est de s'y confor^ier. Coupez dans le vieil arbre des Codes quelques branches pourries, La jusdce des hommes ne sera jamais qu'un faisceau d'expédients, qu'un minimum d'injusrice. Ne perdons pas notre temps à nous préoccuper de ces choses médiocres. La grosse affaire est de vivre, en acceptant la souffrance, qui est la condidon même de la vie, et en faisant le moins de mal possible. Nous ne savons d'où nous venons, ni où nous allons; mais les métaphysiciens qui nous disent que notre essence, après notre mort, se répandra dans la nature et que nous serons trop heureux de refleurir sous forme de pissenlits, sont des imposteurs et ne contentent pas notre intime besoin d'immortalité. Comment donc vivre? En satisfaisant toutes nos fantaisies ? Mais nous ne le pouvons
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qu'aux dépens des antres» et c'est abominable. En Dovspfifuit? Mab c'est contraire à tous nos instincts^Pooftant il existe une solution au problème : c'est ramour. Aimons donc, mais pour de bon; c'est-à-dire en nous oubliant, en ptiStnnt les antres à noas-m&mes,en acceptant, comme discipline habituelle de chaque jour, le sacrifice et l'abnégation. Nous rencontrerons là des joies profondes et aussi de cruelles douleurs. Qulmporte, si la lourde responsabilité de vivre pèse moins lourdement sur nos épaules et si nous nous sentons plus rassurés devant le mystère qu'on nomme c idéd >, dans les harangues des libres-penseurs, et Dieu, dans les catéchismes. >
Telles étaient mes pensées, samedi dernier, tandis que je mardiais dans la procession funèbre, en r^ûdant, à droite et à gauche,moutonner les têtes de la foule. Elle était venue là — je ne l'oubUais pas — - poussée par un très noble besoin — un peu confus, mais sincère — de respect, d'admiration, de gratitude. Mais cette tristesse me poursuivait de songer que le peuple d'aujourd'hui n'avait plus d'infini dans l'âme et que, en saluant le cercueil de Pasteur, il exprimait son seul et dernier vœu : c Souffrir moins, mourir tard ».
C'est donc vrai! Il n'a donc pas laissé plus de traces dans Fâme moderne, l'enseignement de Celui qui parlait à la foule sur la montagne, qui lui enseignait, non seulement de supporter, mais