JEUX PARLEMENTAIRES
lieu de cacher ses plaies sous de Tonguent miconmitaine, elle les cautérisait courageusement au fer rouge. Comme vos ironies deviendraient ridicules» ô léger chroniqueur! si, dans quelques jours, il y avait cinquante politiciens à Mazasi i^
Hélas I honnête citoyen, électeur candide, je voudrais partager vos illusions. J'applaudirais avec vous, certes, et je m'excuserais très humblement, si nos chefs actuels empoignaient de solides balais et nettoyaient à fond le monde politique. Mais — c'est plus fort que moi — je n'ai pas confiance.
D'abord, l'hécatombe serait-elle complète?
J'en doute £oru On aurait l'intention d'être sans pitié, soit, pour les impurs de la droite et du centre. Maîs,voyons, l'homme n'est pas parfait. Quelques pots-de-vin, petits ou gros, ont dû tout de même être versés du côté gauche. Que faire? C'est bien dur, c'est aussi fort dangereux de sacrifier les camarades. Rôle lourd à porter que celui de Brutus. Et puis on se demandera — allons, c'est déjà fait — s'il est même nécessaire de firapper. La seule menace a courbé toutes les têtes. Toute la presse adverse fait la morte, ou à peu près. La majorité obéit au doigt et à l'oeil. Les coupables voteront avec cette épée de Damoclès — le carnet d'Arton — suspendue sur leur front livide; et les homjnes personnellement intègres -^ il y en a beaucoup, j'en suis persuadé, et dans tous les
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groupes ^ qui, par passion politique, n'ont pas voulu jusqu'ici qu'on immolât les brebis galeuses de leur parti, seront punis de leur ancienne faiblesse par la honte d'y persévérer, et suivront le troupeau.
Ohl les radicaux n'auront pas à en être bien glorieux, de ces adhésions obtenues parla terreur et par le chantage. Mais ce sont la jeux parlementaires auxquels ils sont habitués, tout comme les autres, et dont ils ne sentent plus la bassesse. Ils gouverneront ainsi, ils dureront même, deman> dant, obtenant des concessions et des lâchetés à droite et à gauche. N'avons-nous pas vu déjà les plus ardents socialistes, quand il s'agissait d'abolir des lois d'exception, voter l'ajournement? Les radicaux dureront donc, plus ou moins, — peu importe, — et finiront, comme toujours, par glisser sur une pelure d'orange. Carie Parlementarisme a l'estomac perdu ; il avale tous les ministères, mais il n'en digère aucun. Les radicaux tomberont, et rien ne sera fait, les écuries d'Augias ne seront pas nettoyées ; et quand on consultera les électeurs, on ne leur posera pas la seule quesrion intéressante :
c Voulez-vous être gouvernés par des honnêtes gens, oui ou non? »
Quel abominable spectacle, pourtant, que celui de ce Parlement qui tremble devant les aveux possibles d'un Arton I Et cela se passe chez nous,