UNE PÉTITION
sistons pas sur cette ignoble histoire, — depuis son aventure seulement, il a été promu homme de génie.
Convenez que c'est bizarre, tout de même.
Mais va pour le génie! En quoi le talent d'un écrivain excuse-t-il des actes qui — à tort ou à raison — sont punis par les lois de son pays? En quoi le châtiment qu'il subit, si exagéré, si injuste, si affreux que soit ce châtiment, exciterait-il ma pitié plus que s'il était appliqué à tout autre coupable? On va me trouver, aujourd'hui, bien égalitaire. Mais, si j'ai de l'indulgence pour les aberrations de la chair, je la dépenserai plutôt en faveur d'une brute de forçat ou d'un misérable matelot embarqué sur quelque navire baleinier pour une longue campagne, qu'en faveur de ce poète pourri. Il a, moins que bien d'autres, le droit d'invoquer les circonstances atténuantes. Tout ce que ses avocats peuvent plaider, c'est l'état morbide, la manie erotique. Eh bien! il y a des asiles pour les fous. Apportez-moi un papier où vous proposeriez de mettre cet aliéné à Bedlam. Je suis prêt à signer à tour de bras.
Je n'ignore pas que, depuis Lombroso, nous sommes tous des irresponsables, des malades et des déments, qu'il n'y a plus ni crimes, ni délits, ni vices, ni quoi que ce soit, et que les scélérats et les dépravés méritent les plus grands ménagements. Admirable théorie, qui n'est impitoya-
)03 MON rilAMC PARLEK
ble que pour les victimes! Complétons le physiologiste italien par le critique allemand; lisons Max Nordau, et nous apprendrons que ceux de faite intellectuelle sont précisément descendus au pire degré de la dégénérescence. Et, alors, en bonne logique, la société idéale serait une immense maison de santé, oil les tribunaux seraient remplacés par des commissions médicales, le Code par le Codex, et l'amende et la prison par le bromure et les douches.
Dans un tout autre sens que ces divagations scientifiques, moi, j^irai plus Icnn et j'accorderai que, peut-être bien, l'homme, en effet, n'est pas libre, et que, devant une justice supérieure, ab* solue, qui plane au-dessus de nos misères, il se peut qu'il n'y ait plus de coupables, ni d'innocents. Mais nous sommes ici en plein rêve. Or, avant tour, il faut une société habitable. Que ceux qui sont d'avis de supprimer la gendarmerie veuillent bien lever la main.
Pour revenir à la pétirion en faveur de l'esthète, il est facile d'en prévoir l'effet sur l'opinion dans cette puritaine et tradidonneile Angleterre, où Ton ne touche pas à des lois datant de Marie la Sanglante. On n'obtiendra rien dans l'intérêt d\i prisonnier, et un cri d'hypocrite indignation s'élèvera de toutes parts contre l'immoralité française. Avant de compromettre, au delà de la Manche, le bon renom de mon pays, où la