‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 6 sur 66 · ARBRES PARISIENS · texte numérisé non relu

ARBRES PARISIENS

A l'heure qu'il esc, je tiemble; car la Ville et la Compagnie de l'Ouest me paraissent bien d'accord pour détruire un des plus nobles et des plus magnifiques aspects de Paris; et, de plus, ce crime de lèse-beauté est à moidé consonmié déjà. N'importe! Tâchons d'empêcher qu'il s'accomplisse jusqu'au bout, et traduisons par des paroles les gémissements des vieux ormes qui, l'autre jour, en tombant sous la hache, agitaient leurs branches dépouillées avec des gestes de malédiction.

28 mars iSçs-

Un Secrétaire Perpétuel

: u lendemain de la mort de Camille Doucet, la presse a répété sur tous les tons qu'il fut le modèle des secrétaires perpétuels. C'estla vérité pure. Mais je crois bien que beaucoup lui ont adressé cet éloge sans renseignements ni contrôle, — de chic, comme disent les rapins. Car, pour quiconque n'a pas pénétré plus ou moins dans le monde très fermé, dans l'intimité peu accessible de l'Institut, il n'est point aisé de se rendre compte du rôle si important et si délicat qu'y jouent les secrétaires perpétuels, et principalement celui de l'Académie française.

UN SECRCTAIKB PIRPÉTUBL 3f

Le public n'a pu voir et juger Caoûlk Doucet que dans la partie officielle de ses fbncdons. Tous ceux qui ont assisté à la séance annuelle où sont présentés les deux rapports sur les prix de vertu et sur les concours littéraires, se rappellent la physionomie du maigre et fiileux vieillard, engoncé dans le col de son habit vert, qui se tenait à la gauche du directeur et proclamait, d'une voix un peu affaiblie, les titres des ouvrages et les noms des auteurs, en distribuant à chacun des lauréats sa part de louange mesurée et de bienveillante critique.

Il est permis de ne goûter point l'éloquence académique ; il est aisé de rajeunir, pour la railler, d'antiques plaisanteries. Cependant, elle exige un style tout particulier, constime une littérature spéciale. Elle est un peu artifideUe, soit; mais il faut tout de même, pour y exceller, une forte syntaxe, du goût, du tact, de l'esprit; et livres et journaux ne nous gâtent pas tellement sous ces divers rapports que nous ayons le droit de fidre à ce point les dédaigneux.

Et puis le genre est traditionnel, il date de la vieille France, et, à ce dtre, nous aurions tort de le répudier. Ajoutons qu'il compte des chefed'œuvre. Il n'a nullement gêné Buffbn pour écrire quelques-unes de ses plus belles pages. Il existe, si vous voulez, entre un livre Ubrement composé et un morceau académique la même diff'érence

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qu'entre une forêt et un jardin de Le Nôtre; et, pour ma parc, tout en préférant la grandiose majesté des futaies de Fontainebleau, je ne méprise pas la savante correction du parc de Versailles.

Ce qu'on m'accordera sans peine, par exemple, c'est que le genre est très difficile, et que, seul, un maître jardinier du style peut arrondir ses périodes comme des ifs taillés en boule, et tondre ses phrases comme les gazons d'un boulingrin.

Quant au rapport sur les ouvrages couroimés que Camille Doucec lisait chaque année, je ne puis mieux le comparer qu'à un travail de mosaïque. Avec un soin extrême, avec un art très ingénieux, le patient vieillard y incrustait, en quelque sorte, ce qu'il trouvait de plus brillant dans les rapports partiels que lui avaient fournis les membres des diverses commissions.

« Tout ce qu'on applaudit dans mon rapport, nous disait-il avec tant de grâce et de sincère modestie, ce n'est pas de moi. Je le dois à mes confrères. »

Il se diminuait trop et ne parlait pas de l'adresse, de la légèreté de main qu'il lui fallait pour grouper tous ces fragments en un ensemble harmonieux. Néanmoins, que les ironistes se méfient avant de a blaguer » quelque phrase de Camille Doucet. Elle est peut-être d'un grand

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