‹ Mon franc parler (volume 2)Chapitre 59 sur 66 · ÉTRENNES ET POURBOIRES · texte numérisé non relu

ÉTRENNES ET POURBOIRES

nait, un jour, devant moi, que, dans les émeutes; on eût tout d'abord recours à la violence, à la force armée, ce Pour dissiper les rassemblements, proposait le romancier, il serait si simple de faire une quête. »

Guérissons-nous du vilain défaut de pingrerie, et, tout au moins, à l'occasion du Jour de TAn^ donnons autant que nous pourrons, et même plus; car la vraie bonté doit toujours être un peu imprudente.

Les ladres invoquent encore un prétexte pour s'excuser d'avoir — comme on dit au faubourg — les mains nickelées, a Nous avons peur d'ot fenser, disent-ils, nous craignons qu'on nous refuse. 3> Qu'ils se rassurent. Les humbles gens ne sont pas si susceptibles et acceptent sans rougir ce qui est donné de bon cœur. Cependant, il m'est arrivé — - ohl une seule fois — de me demander si je pouvais, décemment, mettre la main au gousset et si mon offre de gratification ne serait pas considérée comme un outrage.

Voici dans quelles circonstances.

C'était en Italie, le pays de la ce buona manda » par excellence, et je voyageais en touriste depuis plusieurs semaines. Déjà j'avais perdu toute pudeur à proposer un pourboire. Dans les premiers jours, j'avais bien été un peu timide. Quand un vénérable prêtre ou un moine très décoratif venait de me servir de cicérone et de me

))3 MON rRANC FARLIR

montrer son église ou son couvent, je lui demandais avec politesse :

« A qui pounais-je remettre mon obole pour les pauvres? >

Mais toujours le tonsuré m'avait si carrément répondu : « A moi-même, » en me tendant une main largement ouverte, que j'avais bien vice supprimé ma question superflue et que je savais désormais à quoi m'en tenir.

Néanmoins, visitant un jour la bibliothèque d'une assez grande ville, je fus repris par mes hésiutions du début. Dès mon entrée, un petit homme, convenablement mis et parlant un français assez correa, était accouru à ma rencontre, m'avait tout de suite appris qu'il était le conservateur et s'était mis à ma disposidon avec une courtoisie parfaite.

Je gardai l'incognito et ne déclinai ni mon nom, ni mon dtre d'écrivain. Mais ma réserve ne refroidit point du tout le zèle empressé, du gracieux bibliothécaire. En des termes qui révélaient un honune instruit, un véritable lettré, il me parla des richesses et des curiosités confiées à ses soins, m'en fit les honneurs, prit sur les rayons et me permit de feuilleter plusieurs volumes précieux, m'étonna par son goût et son érudition.

J'étais fort embarrassé, pendant notre promenade à travers la Cité des Livres; car, malgré

Page 1