‹ Mon franc parler (volume 3)Chapitre 18 sur 60 · L INTERVIEW · texte numérisé non relu

L INTERVIEW

et rester en bons termes avec le chou. Et puis les solennels, ceux qui se prennent pour des oracles et croient que les moindres phrases tombées de leurs lèvres sont paroles d'évangile.

Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l'interview ne déplaît pourtant pas outre mesure; mais ils sont gênés par la brusquerie de l'interrogatoire. Les prudents craignent de faire une dc gaffe j>, et les prophètes se méfient de l'improvisation. Car nous n'avons plus que de faux pro* phètes, sans délire sacré, des sibylles pas bien solides sur le trépied. A Delphes, la prêtresse jeûnait pendant trois jours,en mâchant des feuilles de laurier, et l'on sait qu'Ézéchiel se nourrissait de fientes d'oiseaux. De nos jours, on vaticine plus volontiers à table, au dessert, dans l'excitation du vin de Champagne. Qu'on me pardonne un calembour par à peu près, la Pythie vient en mangeant.

Mais, pour les gens francs du collier et qui ne sont pas, d'ailleurs, bien persuadés que leurs plus insignifiants propos soient destinés à retentir dans les siècles futurs, l'interview n'a pas les mêmes inconvénients. Pour ma part, je m'y suis toujours assez docilement prêté, et je n'ai jamais eu à m'en repentir.

Au contraire. Dans deux ou trois circonstances de ma vie d'homme de lettres, — une démission donnée un peu nerveusement, une pièce interdite par la censure, — j'ai eu besoin de défendre ma cause, et l'interview m'a été fort utile. J'ai dit alors clairement, loyalement, mon affaire aux jeunes gens armés de crayons et de carnets que m'adressèrent les journaux; ils reproduisirent, avec une très suffisante exactitude, mes explications et, en leur donnant une prompte publicité, coupèrent court aux interprétations malveillantes, aux attaques perfides. Je fus donc alors et je reste l'obligé des reporters.

Ahl mes amis, ne disons jamais trop de mal de la presse. J'en connais, comme vous, toutes les turpitudes ; mais nous ne pouvons plus nous passer d'elle. Elle est indispensable à la vie moderne comme le gaz et les chemins de fer, malgré les explosions et les déraillements.

Un motif autre que la reconnaissance me rend aussi très indulgent aux reporters. Us sont mes confrères, et, en général, de jeunes confrères, dont la a copie t^ n'est pas magnifiquement payée et qui gagnent leur vie, de cette façon, tant bien que mal. N'est-il pas dur de leur jeter la porte au nez et de leur refuser un entretien qui leur per-

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