‹ Mon franc parler (volume 3)Chapitre 23 sur 60 · LA MORT D*UN BXILÉ I · texte numérisé non relu

LA MORT D*UN BXILÉ I

more fixée à brève échéance, la peine de mort hypocrite et dissimulée.

Car on ne peut juger des choses que par soimême, et je sens bien que, si l'on m'exilait demain, — tout arrive, — je n'y survivrais pas longtemps.. Ahl non, mille fois non, je ne suis ni international, ni cosmopolite! Naguère, je fus contraint, par ma très médiocre santé, de passer tout un hiver en Algérie. C'était pourtant la France encore, et le pays est admirable. Eh bien! j'ai connu la nostalgie sous ce trop bel azur, vers lequel ne s'élançaient pas nos vieux bonshommes de clochers. Ahl ne m'exilez pas, de grâce! la prison plutôt. J'ai justement une grande machine surle chantier, que je pourrais terminer là, loin des c raseurs ]>. Mais je ne puis me passer du bienaimé ciel de France, de ce ciel tendre et clair comme étaient les yeux de ma maman, comme sont les yeux de mon amie I

Aussi ma sympathie et ma pitié vont-elles vers tous les proscrits. Les sénateurs et les députés qui ont voté la loi d'exil, en 1886, croyaient-ils vraiment obéir à un devoir patriotique? C'est l'affaire de leur conscience. Mais qu'ils le sachent bien. Us ont tué ce pauvre prince. Il ne s'agit pas ici de monarchie ou de république; il s'agit d'hu-

manicé. Le comte de Paris esc mort, dans sa somptueuse résidence, comme je mourrais, moi, j'en suis sûr, si l'on me chassait de mon pays, dans quelque chambre meublée de Bruxelles ou de Genève; il est mort de chagrin.

jj upUmbre 1894,

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Propos de Convalescence

|ans le spirituel et amical article que Jules Lemaître m'a consacré tout récemment, à propos de la reprise de Severo Torelli, il a bien voulu dire quelques mots très flatteurs de mes causeries du Journal, et je ne suis pas médiocrement fier de savoir qu'elles plaisent à ce charmant dilettante et qu'elles l'amusent. Il constate que je m'y « raconte », et il ajoute que je le fais avec bonhomie et sincérité. Le compliment m'est allé au cœur, mais il m'a inspiré quand même une certaine inquiétude; et je me suis demandé si je n'abusais pas quelque-

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fois du c haïssable moi 9, et si je n'entretenais pas trop souvent le public de mes petites affaires.

Le malheur, c'est que je ne me sens guère capable de faire autrement. Je ne suis qu'un pauvre c objectif 9, constamment et vivement impressionné par le monde extérieur et me fiant beaucoup plus à l'instinct qu'au raisonnement. De plus, mon éducation philosophique est nulle, ou à peu près. Il y a tout un outillage intellectuel, tout un vocabulaire de grands mots qui me font défaut pour donner à la moindre de mes pensées — que dis-je? à la plus fugitive de mes sensations — un air de profondeur et de solennité; et je ne sais pas faire de synthèse à propos de bottes.

Beaucoup de pédants excellent à ce jeu; et quiconque dit c l'espace 9 et le a temps 9, au lieu de dire c l'étendue 9 et la a durée », est considéré par eux comme un ignorant et un frivole. Le reproche que j'entends le plus souvent adresser par la critique haute su r cravate à tou t esprit simple et sans prétention, est celui-ci: m II manque d'idées générales. » Ce verdict, dans certains milieux, tombe lourdement sur une réputation littéraire comme le couteau de la guillotine sur la nuque d'un condamné à mort, et voilà un écrivain dé^ capité.

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