LE CHANT DU ROSSIGNOL II
cuic-cuic; et pour un ancien gamin de Paris, qui dans son enfance n'a entendu que les pierrots et le sansonnet en cage de sa portière, ce n'est vraiment pas trop mal.
Un connaisseur pour de bon — comme ce forestier de Theuriet, par exemple, qui distingue le charmant bavardage des différentes fauvettes — me collerait tout le temps, c'est clair. N'importe, on doit me tenir compte de ma bonne volonté.
Le goût y est, je vous assure, et quand je reste assis pendant des heures devant la pelouse, écoutant là-bas dans les arbres du parc le gazouillement du peuple ailé, je suis aussi attentif que ces anciens abonnés que j'ai vus jadis au Théâtre- Italien, vieillards très « linges 9, à têtes diploma« dques, ornés de râteliers et de faux toupets, et qui marquaient la mesure avec leur jumelle ou avec leur tabadère.
Aussi, retenu en ville jusqu'à la fin de mai, je me faisais un mauvais sang!...
Il faut que Paul Bourget le sache. Je me suis remué tant que j'ai pu en faveur de son élection, et j'ai éU bien heureux quel'Académie ait accueilli en sa personne un jeune maître qui honore les lettres françaises; mais je lui faisais, en restant à
Paris, un grand sacrifice. Pour c chauffer » sa candidature et pour lui apporter mon suffrage, j'ai renoncé à une quinzaine de soirées dans mon jardin de Mandres, où j'aurais entendu le chant du rossignol. Que Bourget en trouve beaucoup, des amis d'un pareil format!
Le rossignol, heureusement, s'est montré bon prince. J'étais en retard; il a daigné m'attendre et, dès mon arrivée, il m'a donné une sérénade.
Je le répète, aucune musique n'est plus délicieuse; et, d'abord, pour en jouir, il n'est pas besoin de s'enfermer dans une salle de spectacle, nauséabonde dès le troisième acte, ni d'avoir des difficultés avec l'ouvreuse.
C'est au crépuscule. Dans le ciel clair et — sous les arbres, du côté de l'Occident — encore rose, les premières étoiles clignotent, toutes petites, avec un faible scintillement. Mais déjà sur terre tout s'assombrit, et seules, dans la verdure noire, les fleurs ont un éclat vif, un dessin précis. Leur odeur aussi s'exalte. Le souffle du soir, très léger, emporte l'haleine des roses. Le long de l'allée, les bordures d'œillets blancs semblent une neige parfumée. L'heure est exquise. U flotte dans l'air une paix profonde.
L'un après l'autre, les oiseaux se taisent. En