‹ Mon franc parler (volume 3)Chapitre 33 sur 60 · POUR LES POLONAIS DE SIBÉRIE 2I · texte numérisé non relu

POUR LES POLONAIS DE SIBÉRIE 2I

maladroit, les malveillants bien présomptueux, les sceptiques bien naïf. Soit, j'aurai cette gaucherie de prouver que nous ne savons pas, en France, renier nos amis; j'aurai cette audace de croire que c'est le droit du premier venu de prononcer le mot de clémence devant un souverain; j'aurai, Sire, cette simplicité de vous dire, à l'heure où vous souffrez et où vous pleurez, qu'il y «a des malheureux qui, eux aussi, souffrent et pleurent, et de vous rappeler que, d'un seul mot, vous pouvez arrêter leur torture et sécher leurs larmes.

Votre âme Royale, j'en ai le ferxae espoir, me comprendra. Elle jugera plus précieuse l'amitié des Français, en reconnaissant combien ils sont fidèles; elle écoutera cette voix qui lui conseille le pardon et l'oubli ; elle se souviendra que le meilleur tempérament à la douleur, c'est la bonté, et qu'il est noble, quand on est en deuil, défaire des heureux.

Votre aïeul, qui abolit le servage et rendit la dignité humaine à tant de millions d'individus, votre auguste père, qui, pour avoir maintenu la paix du monde, laisse une mémoire plus glorieuse que celle d'un conquérant illustré par cent victoires, vous ont laissé, à cet égard, de beaux exemples à suivre ; car ils furent, l'un et l'autre.

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cléments ec miséricordieux. Néanmoins, étant les maîtres absolus, ils durent remplir parfois le terrible devoir des rois, le devoir de punir, et, tout en exerçant largement leur droit de grâce, ils n'ont pu détruire tous les effets de leur première sévérité. U existe encore, au Nord de votre Empire, relégués loin de leurs foyers, loin de leurs familles, des infortunés, seulement coupables, hélas I d'avoir cru que leur patrie n'avait pas rendu le dernier soupir sur le champ de bataille de Maciejowice, par la bouche de Kosciuszko.

Ces coupables-là, — ma franchise est forcée dele déclarer, — ce sont des victimes,les victimes d'un sentiment sacré; et sur leur compte, j'en suis sûr, le puissant Tsar et l'humble poète sont du même avis. Vos ancêtres les ont frappés, mais en les estimant. Hélas I telles sont les exigences de la politique et de la raison d'État que, souvent, le juge admire le condamné.

Ils sont aujourd'hui, m*assure-t-on, peu nombreux, peu redoutables, ces Polonais de Sibérie. Mettez un terme à leurs misères. Effacez ce dernier vestige de tant de guerres, de tant de répressions sanglantes.

Vous régnez. Il vous faudra quelquefois obéir — le moins souvent possible, je le souhaite — »

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