POUR UNE MÈRE EN DEUIL 34I
points de l'Europe, des marques couchantes de gratitude. Elles m'ont été bien douces. Mais que mes correspondants le sachent : ils n'ont à me féliciter que d'une bonne intention. Les récentes mesures de clémence prises par Nicolas II en faveur des derniers condamnés de 1863 sont dues à la paternelle intervention du Pape, et le cri de pitié de l'humble poète n'est probablement pas parvenu jusqu'au puissant Empereur.
J'ai parlé le premier, il est vrai, et ma lettre a fait rapidement le tour de toute la Presse européenne. Cependant, je n'ai même pas eu le mé* rite de l'initiative, puisque c'est à la soUicitadon publique d'un groupe de Polonais que j'avais écrit cette page. Si je la rappelle aujourd'hui, c'est uniquement pour dire merci aux âmes généreuses qui m'en surent gré et qui m'en récompensèrent par les témoignages de leur émotion.
Je le répète. Je suis décidé, en principe, à garder pour moi seul la volumineuse correspondance que m'adressent mes lecteurs. Néanmoins, par exception, je ne veux point passer sous silence une lettre que j'ai reçue l'autre jour et qui m'a touché jusqu'au fond du cœur. Elle est admirable, cette lettre, et signée <c la mère de Lili 9, par une pauvre femme qui vient de perdre une
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petite fille de six ans, une enfant adorée. Ah! combien je regrette, pour les motifs indiqués plus haut» de ne pouvoir reproduire ici ces lignes où brûle et palpite la pire de toutes les douleurs, ceUed'HécubeetdeNiobél
Du moins, je ne me sens pas la force de résister à la prière qui termine cette lettre.
<c Si je vous écris tout ceci, monsieur, c'est pour vous dire: consoler les affligés est une œuvre de miséricorde. Vous trouverez, j'en suis sûre, les paroles qui calmeront et apaiseront ma douleur. Vous que j'aime à entendre, je vous en prie, dites-moi ces mots qui m'aideront à me résigner. Cela doit vous être égal de remettre à une autre fois ce que vous comptiez nous dire à tous dans le Journal. Faites un petit article pour une mère qui a perdu son enfant. Ce sera une bonne action. Il y a encore d'autres mères qui pleurent aussi, comme moi, un ange envolé...
Et pardonnez-moi ce que j'ose vous demander, sans vous connaître, sans aucun titre que celuici: <c Je souffre, et vos paroles me feront du c bien... »
Hélas I pauvre femme, votre plainte me bouleverse l'âme. Mais vous me demandez l'impossible.