‹ Mon franc parler (volume 3)Chapitre 41 sur 60 · UN ANARCHISTE · texte numérisé non relu

UN ANARCHISTE

peur, hélas! — qu'à la suite d'une catastrophe du même genre; et c'est faire beaucoup d'honneur à M. Jean Grave et à son livre de les tenir pour si redoutables.

Franchement, ce n'est pas énorme, cette Saciété mourante, et vous n'y trouveriez rien de bien nouveau. Les opinions très violentes que M. Grave soutient en style lourd, mais avec énergie et logique, sur la propriété, sur la magistrature, sur l'armée, en un mot sur tout ce qu'on est convenu d'appeler les forces sociales, je les avais déjà lues un peu panout et, par exemple, — mon Dieu!

oui, — dans les premières pages des Tensées de Pascal. Pas plus que l'anarchiste, le grand chrétien de Port-Royal n'est respeaueux pour les c trognes armées d, pour les « chats fourrés d, pour les enfants qui se disputent la possession d'un chien, etc.

Pascal ayant reconnu, comme vous et moi, d'ailleurs, et comme M. Grave, que le monde est mal fait, ne trouve pas d'autre ressource que de s'abîmer en Dieu, et, en vérité, c'est une solution. Mais M. Jean Grave, à sa manière, est plus optimiste; car il propose de tout démolir, espérant que les choses iront mieux après. Notez qu'il n'en est pas bien sûr; il l'avoue. « Détruisons

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d'abord, nous dit-il à peu près. Ensuite, on verra. » Evidemment, c'est ici que l'auteur s'embarrasse. Son livre, vigoureux dans la première partie, toute d'agression et de satire, faiblit alors et s'écourte. C'est presque timidement que M. Grave nous offre, en guise de conclusion, les vieux paradoxes de ce fou de Jean-Jacques sur l'homme naturellement bon, seulement dépravé par les conventions sociales, et sur la nécessité d'un retour à la nature.

S'il n'y avait que cela dans la Société mourante, nous pousserions tous des cris de paon, n'est-il pas vrai? à la pensée que, pour cette philosophie vieille comme le monde et pour ces chimères archi-connues, un livre ait été détruit et l'auteur mis en prison. Par malheur, il y a autre chose, et, comme disent les bonnes gens, c'est là le hic. M. Jean Grave revendiquant avec fierté le titre d'anarchiste, il est bien forcé de donner son avis sur la légitimité de la propagande par le fait, c'est-à-dire — parlons en bon français — du vol et de l'assassinat.

Eh bien! sur ce point, qui est pourtant essentiel, M. Jean Grave fléchit de nouveau. Sans doute, il essaie bien de faire encore les gros yeux, déclare que les compagnons sont libres, qu'il n'a

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