UN TRAÎTRE
clef, et il leur a dit : « Ma mère ne se doute de rien, elle dort... Entrez et faites. »
Une telle action stupéfie encore plus qu'elle
n'épouvante. Oui, je sais bien, l'argent, l'ignoble
argent I Oui, les cent mille francs, tendus à Deutz
au bout d'une paire de pincettes par le ministre
à qui le hideux juif livrait la duchesse de Berry I
Oui, les trente deniers de l'Iscariotel Mais ce
Dreyfus, ce n'était pas son maître, ce n'était pas
sa bienfaitrice qu'il trahissait. C'était sa mère,
vous dis-je, sa propre mèrel N'existes-tu donc
pas, justice divine? La main de ce scélérat n'a
pas pris feu au contact de l'or qu'on y versait I
Depuis plus de vingt ans, les femmes de France sont tristes, et leur joie maternelle, quand il leur naît un fils, est empoisonnée. Elles se disent que cet enfant qu'elles nourrissent de leur lait, qu'elles veillent quand il est malade, qu'elles ont tant de peine à élever, la Patrie le leur prendra, dès qu'il sera un homme, et que, presque toute sa vie, jusqu'aux approches de la vieillesse, il devra se tenir prêt à s'élancer, sur un signal, à la bouche enflammée des canons. O sombre époque de barbarie à peine masquée, où toutes les mères sont si douloureusement pensives auprès des berceaux I
aTO MON FRANC PARLER
Mais cette guerre future, du moins s'y préparet-on avec une patience acharnée, dans un profond mystère ; et chacun donne son or, sans un regret, sans une plainte, comme chacun, quand il le faudra, donnera son sang. Et il y a des secrets militaires, des signes soigneusement cachés, de$ mots murmurés tout bas entre un très petit nombre de chefs; et de tout cela dépendent la vie et la libené de la nation, la résistance aux envahisseurs, la délicieuse espérance de la victoirel
C'est donc vrai! Il s'est trouvé un homme, un Français — et un Français d'Alsace I — quia collé son oreille aux portes pour écouter ces mots mystérieux, qui a forcé des tiroirs pour lire les papiers sans prix; et c'était un des gardiens à qui la Patrie avait confié son secret, et qui le lui a dérobé, pareil à un prêtre qui briserait le tabernacle pour y voler le ciboire plein d'hosties ! II a porté ces choses sacrées chez l'ennemi et les a troquées contre des sacs d'écus I Et demain, si son crime était resté inconnu et si les trompettes de guerrre avaient brusquement sonné, notre armée, deux millions d'hommes, allait vers un guetapens I Et c'est par centaines de mille que cet infâme aurait compté ses assassinats 1
Ah I qu'on nous montre donc l'immonde face