‹ Mon franc parler (volume 3)Chapitre 51 sur 60 · LE DERNIER MARÉCHAL DE FRANCE · texte numérisé non relu

LE DERNIER MARÉCHAL DE FRANCE

venues inudles, la furie française, les superbes té^ mérités, la charge poitrine en avant et baïonnette au canon. Allons donc! Elles nous auraient en* core suffi pour vaincre, naguère, si nous eussions été en nombre; et, le soir de Saint-Privat, s'il eût reçu le corps de réserve qu'il attendait, Canrobert, qui avait à plusieurs reprises enfoncé les lignes ennemies, forçait le blocus, ouvrait la route de Verdun, rendait à la France sa meilleure armée, sauvait tout peut-être!

Or, la prochaine fois, ce ne seront pas les hommes qui manqueront; et, si les armes à longue portée font, d'abord, leur ravage, on finira bien par en venir aux mains. On y arrivera tout de même, à la rencontre face à face, au choc, au contact. Et alors...

Ahl alors... Que nos soldats le sentent bouillonner en eux, ce sang gaulois, ce sang de guerre et de bataille, qui courut, jusqu'au dernier jour, dans les veines du Maréchal octogénaire.

Chargez alors, mes enfants, comme chargeait le capitaine des chasseurs à pied de Constantine, le colonel des zouaves de Zaatcha, le général d'Inkermann! En avant! A la fourchette! Enleveznous la victoire!

Et, au-dessus de vos têtes, dans le nuage de

poussière et de fumée, vous verrez le spectre à face léonine du vieux Canrobert, qui, du bout de Fépée, vous montrera le chemin de la gloire et de rhonneur, et qui vous bénira du sang de ses blessures.

jt janvier i^yj.

Alphonse Daudet

u moment où je ferme le dernier livre d'Alphonse Daudet, la Tetite Taroisse, et où je savoure la jouissance que m'a laissée cette lecture exquise, le Souvenir — ce vieux photographe qui conserve tous ses clichés — me remet sous les yeux plusieurs images fidèles de l'écrivain que j'admire et de Tami que j'aime depuis longtemps.

Voici d'abord le séduisant jeune homme au profil sarrasin, joli comme un page, célèbre à vingt ans, que j'ai rencontré — aux temps préhistoriques, avant la guerre, les Prussiens et la

fin de tout un monde — dans les cafés littéraires, dans quelques milieux de bohème. A cette époque naïve, on ne craignait pas d'avoir Tair artiste, de laisser croître une chevelure fougueuse, de porter des vestons de velours. Daudet ne sait pas à quel point il m'impressionnait alors, avec sa barbe en fourche et ses yeux enchanteurs de chèvre amoureuse.

Il était fameux et j'étais obscur. Les Lettres de mon tMoulin avaient déjà paru dans le Figaro, et, tout novice que je fusse, je savais bien que c'étaient là des pages de maître, des chefsd'œuvre — brefs et purs — de poésie et de grâce. Mon cœur battit à gros coups, — oui, ipon cher Daudet, — le soir où je me trouvai pour la première fois, assis à la même table que vous, au café de Bobino, en compagnie de quelques poètes en herbe qui n'ont certainement pas beaucoup enrichi l'établissement, car ils faisaient durer leur mazagran jusqu'à minuit, en ménageant les trois morceaux de sucre et en épuisant toute l'eau de la carafe.

Dans ces sobres orgies, j'ai dû vous paraître, j'en ai peur, bien jeunet et même un peu coquebin. En ce temps-là, les blancs-becs se sentaient pris de respect et de timidité en présence d'un

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