LA TOUR-D AUVERGNE
de le placer pieusement sous le dôme de Mansard, il faut d'abord le montrer à ces Messieurs du Parlement; et tout de suite, il s'en trouve un grand nombre qui le prennent pour un torchon et qui se mouchent dedans. C'est décidément une jolie chose que l'esprit de parti.
Défendons-nous-en tant que nous pourrons, n'est-ce pas? Soyons Français et ne soyons que Français. Quant à moi, je me suis donné cette consigne et j'espère bien m'y conformer toujours. Aussi je viens d'avoir beaucoup d'agrément, grâce à l'excellent livre de M. Emile Simond, capitaine au 28^ régiment d'infanterie, et j'ai vécu pendant quelques heures avec un héros très républicain sans doute, mais surtout très français, et dont le nom seul signifie bravoure, honneur, désintéressement, patriodsme, — avec La Tourd'Auvergne.
Je ne sais qui a dit — ce devait être un malin — qu'il était souvent plus facile de faire son devoir que de le connaître, et il y a du vrai dans cet apophthegme. Cependant, les âmes vraiment droites ne s'y trompent pas, même dans les circonstances les plus délicates, et, sans détour, vont à la solution.
Voulez-vous un exemple?
)40 MOM FEANC PAELER
Vers la fin dn mois de janvier 1792, les officiers de rancten Royal- Angoumois, alors en garnison à Bayonne, viennent, colonel en tête, chez La Tour-d' Auvergne, et lui annoncent que les excès de la Révolution leur font horreur, qu'ib comptent mieux servir la cause du roi sur le Rhin, en un mot, qu'ils vont émigrer. La Tour-d'Auvergne est alors simple capitaine; mais il est le doyen de Fétat-major d' Angoumois et ses vertus ont fidt de lui le Nestor du régiment. L'influence des idées nouvelles ne Ta pas encore atteint, à cette époque. Il n'est nullement républicain et il a même prouvé qu'il n'était pas exempt d'orgueil nobiliaire. Bâtard de la maison de Bouillon, c'est dn duc, son parent très lointain, qu'il a obtenu le droit de porter ce nom de La Tour-d'Auvergne et cet écusson traversé par la barre d'illégitimité, n a encore toutes les croyances, tous les préjugés de son temps, de sa caste. Ses camarades sont persuadés qu'ils n'ont qu'à faire appel à son loyalisme, que l'admirable soldat va les suivre à l'armée des Princes.
Mais, sans hésiter, La Tour-d' Auvergne refuse. En vain les officiers gentilshonmies lui disent que noblesse oblige, qu'il se doit avant tout au roi, lui surtout qui a dans les veines le même sang
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que le grand Turcnne. Le brave homme n'est ébranlé par aucun de ces sophismes; son cœur simple discerne le devoir. Il ne passera point la frontière, il ne combattra pas son pays, à côté des étrangers. Quand tout le régiment émigrerait, La Tour-d'Auvergne n'émigrerait pas. La France est en danger. Périsse le lâche qui l'abandonne! La Tour-d'Auvergne restera fidèle à la patrie, au drapeau.
Il n'émigrera pas. Seulement — et c'est ici que ce grand caractère éclate dans toute sa beauté — il ne veut pas qu'on attribue à sa généreuse résolution une arrière-pensée d'ambition ou d'intérêt personnel, et il se jure de n'accepter désormais d'autre grade que celui que ses camarades lui ont connu au moment où il s'est séparé d'eux-
Notez que, sous la monarchie, on avait été injuste pour lui, qu'on n'avait pas disdngué son mérite, qu'on l'avait laissé vieillir dans les bas emplois. Mais de telles âmes ignorent la rancune. La République, dont il adopte les principes et pour laquelle il va cent fois exposer sa vie, lui offrira toutes les récompenses. Il n'en acceptera aucune, il tiendra jusqu'au bout la parole qu'il s'est donnée à lui-même, et il laissera ses humbles épaulettes de capitaine se flétrir sur son vieil uniforme.
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Vous le voyez. Faire son devoir, tout son devoir, ce n'est pas, après tout, bien difficile. Il suffit de renoncer à quelques petites choses et de sacrifier son moi, son délicieux et bien-aimé moij qu'on nous recommande à présent de cultiver et d'arroser comme une fleur de serre. O La Tourd'Auvergne, Bayard de la première République, grenadier sans peur et sans reproche, qui, dans le sac que tu portais sur le dos comme un simple soldat, n'avais que ta pipe et ton Plutarque, tu ne fus, j'en ai peur, qu'un ridicule <l altruiste » !
A tous ceux qui, comme moi, ont le cœur cocardier et aiment à entendre rimer ce gloire » et c victoire )», je recommande le livre du capitaine Emile Simond; mais cette lecture s'impose tout particulièrement à mon jeune ami Georges d'Esparbès. Il a, comme on disait jadis, la ce tête épique 9, et il trouvera, dans ces pages enflammées, les éléments de quelques beaux contes. Comme il nous accommoderait bien, par exemple, cette anecdote, qui montre à quel point La Tour-d'Auvergne savait maintenir parmi ses soldats la plus inflexible discipline I
Pendant la campagne àt% Pyrénées Occidentales» le pays basque, après une lourde journée de juin tout entière passée à se canarder entre