BÉRANGER
Ta dit, mais indulgente et résignée, est, après tout, celle du peuple.
Peu religieux, mais sans lâche terreur devant le mystère, Béranger eut confiance en un Dieu de bonté. Il espéra la sainte alliance de l'huma* nité, tout en gardant un sentiment filial pour sa patrie. Il poursuivit pour elle un beau rêve de justice et de fraternité, mais sans renier aucune de ses gloires. Il plaignit les malheureux, excusa, comprit leurs révoltes, mais il leur conseilla surtout, avec une sagesse naïve et profonde, de cueillir les heures ailées et fleuries et de s'arrêter à toutes les haltes du chemin de misère, qui s'appellent un baiser, une chanson, un verre de vin.
Républicain, il vécut dans un temps où la République — désormais illusion perdue — était encore un idéal. Lui, qui trouvait moyen de faire la charité avec la maigre pension que lui servait l'éditeur Perrotin,- qu'eût-il pensé de nos triomphants panamistes? N'eût-il pas jugé bien bénins ses mois de prison sous Charles X, devant les juges de la Haute Cour, condamnant un de ses frères en satire, Henri Rochefort, « à la façon de Marchangy, mon ami »? Il n'a pas su que, dans le cœur du plus farouche jacobin, il y a
souvent un bourgeois égoïste qui sommeille.
Qu'aurait dit Tauteur du Vieux Vagabond de nos législateurs atteints de surdité chronique pour les revendications des désespérés ? Et lui, qui baisait pieusement la soie des glorieux drapeaux, n'aurait-il pas vu d'un œil sombre jeter dans la charrette du boueur les deux couronnes d'immonelles déposées, l'autre jour, au pied de la Colonne, pour célébrer le double anniversaire de Marengo et de Friedland? ^
Heureux Bérangerl II fiit, toute sa vie, de l'opposition. Il put croire jusqu'à la fin qu'une forme de gouvernement est supérieure à une autre, et que la cire — jaune, verte ou rouge — du cachet change la qualité du vin.
Par cette erreur même, il fut un poète, — et un vrai poète, — je le répète, sûr de ne pas. me tromper, puisque je suis du même avis que Gœthe et Chateaubriand. Il a semé de nombreuses chansons.
Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents.
Mais plusieurs sont faites pour demeurer, notamment celles qu'il a consacrées à la légende napoléonienne. Grâce à l'Empereur, — comme le dit si bien M. Legouvé, — l'histoire de France
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a ressemblé pendant quinze ans à un poème épique. Béranger fut un de ceux à qui la gloire de Napoléon donna un peu de génie.
Que n*ai-je écrit les Souvenirs du Teuple? Je serais en règle avec la postérité.
21 juin 18^4.
Madame Carnot
Umedi soir, M°*« Carnot était dans son avant-scène, à i'Opéra-Comîque, et assistait à la représentation de Falstaff.
Elle était contente. Son mari, dont la santé lui avait donné de l'inquiétude, tous ces derniers temps, allait mieux, s'était mis en route pour Lyon. Rassurée, mais craignant encore un peu pour lui les fatigues du voyage et des cérémonies, elle l'avait recommandé aux gens de sa suite, oc Veillez à ce qu'il ne reste pas trop longtemps debout, à ce qu'il se ménage. » Car M™^ Carnet est une épouse et une mère de famille exemplaire.