‹ Mon franc parler (volume 3)Chapitre 8 sur 60 · MADAME CARNOT · texte numérisé non relu

MADAME CARNOT

fnfin, il était parti, bien disposé. Elle le savait, làbas, reçu avec enthousiasme, souriant à tous, donnant des poignées de main, passant au milieu des acclamations. Alors, fidèle à son rôle, à ses devoirs de demi-souveraine, elle avait tenu à paraître dans ce théâtre, à applaudir l'œuvre de Verdi, du maître vénérable qui était venu demandera Paris une nouvelle consécration de sa gloire et dont l'harmonieux génie avait semblé mettre un trait d'union entre les deux nations latines, si malheureusement divisées.

Elle était dans sa loge, sentant monter vers elle la discrète mais très sincère sympathie de tous. Comme toujours, la foule éprouvait en sa présence un sentiment de plaisir. Malgré tant de mal qu'on dit de nous et que nous en disons nousmêmes, nous sommes un peuple de braves gens; et, hier encore, nous étions heureux de voir, au premier rang de la hiérarchie sociale, cette digne et excellente personne. Dans les réunions mondaines, jamais la phrase : ce Tiens I voilà M™^ Carnot », n'était suivie d'une médisance, pas même d'une épigramme. Chacun souriait de loin à cet aimable et pur visage. On admirait les hautes vertus de la compagne du Chef de l'État, et, de pluS; on lui savait gré de les pratiquer avec tant

de simplidcé et de bonne grâce. C'était une fierté pour nous, quand la France avait des hôtes à recevoir, de leur montrer tout d'abord — auprès du premier des citoyens, à la place la plus apparente, et comme une parure de la patrie — cette honnête femme.

Si modeste que soit M™^ Camot, elle a dû souvent s'apercevoir, elle a dû souvent être heureuse de l'afTectueux respect dont elle était comme enveloppée ; et, l'autre soir, dans cette salle brillante, devant ce public choisi, peut-être, encore une fois, attendrie et bercée par la musique, a-t-elle eu cette douce sensation qui lui caressait le cœur.

Mais le lendemain I...

Non, on ne peut y songer sans frémir!... Elle est là, paisible, dans l'intimité de la famille. Les fenêtres de TÉlysée sont ouvertes sur la chaude nuit de juin et laissent pénétrer le parfum des roses. Quand soudain paraît un familier du logis, les traits bouleversés. C'est la nouvelle, l'et froyable nouvelle I Et les télégrammes se succèdent, se précipitent, les télégrammes où flamboient les mots de sangl Oh I ce voyage nocturne, et, dans la gare sombre, où ronfle la machine attelée à la hâte, le départ de cette pauvre fenmie, dévorée d'angoisse et d'épouvante, parmi tous

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