MADAME CARNOT
ces hommes aux faces mornes et parlant à voix basse!... Hélasl le c rapide » peut courir, rouler à faire Aimer les rails, dévorer la nuit et Tespace. La malheureuse arrivera trop tardi A Dijon, à moitié route, M"« Carnot apprend Tatroce vérité. Son mari est mort; Elle aussi, elle reçoit son coup de poignard I...
En vérité, je ne puis arracher ces horreurs de ma pensée.
Une seule fois, j'ai eu l'honneur de voir de près M"® Carnot et de causer avec elle. C'était dans la première année de la présidence de son mari, et elle passait alors la fin de Tété au palais de Fontainebleau, avec sa famille. Je fis ce petit voyage pour me rendre a l'audience qu'elle avait bien voulu m'accorder et pour lui parler d'une grande et malheureuse artiste, cruellement atteinte par la maladie et menacée par la misère. Jamais je n'oublierai avec quel zèle et quelle chaleur d'âme elle accueillit ma requête, ni combien elle fut, dans cette circonstance, bienfaisante et bonne.
Au moment où elle est accablée, à son tour, par la plus affreuse des infortunes et où elle va sans doute s'abimer dans son deuil, ce souvenir me hante et m'émeut. M"* Carnot m'a rarement
^O MON FHANC PARLER
VU dans les fêtes dont elle faisait si gracieusement les honneurs, et je ne les ai traversées deux ou trois fois que pour m'incliner devant elle. Je suis peu mondain, encore moins courtisan. Mais je tiens à dire, aujourd'hui, à cette noble femme que je souffre de sa douleur et à lui prouver que le poète, qu'elle aida un jour à faire un peu de bien, n'est pas un ingrat.
Tout a été dit sur l'assassinat du Président de la République, et ce crime monstrueux a su arracher aux moins éloquents de superbes cris d'horreur et d'indignation. Pourquoi est-on forcé de reconnaître qu'ils ont retenti avec bien moins de force et de sincérité, lors des précédents attentats commis par les anarchistes? Il n'y a pas à soutenir le contraire. On économisa les larmes d'encre, on fut très chiche de Bossuet à cinq sous la ligne pour le marchand de vin Véry, pour l'ouvrier Hamonod, pour les sergents de ville de la rue des Bons-Enfants, pour le pauvre diable de dessinateur du Café Terminus. Bien plus, par une singulière perversion de la sensibilité, cette compassion, ménagée pour les victimes, était prodiguée aux criminels ou du moins à leurs familles. Rappelez-vous seulement le concours d'adoption en faveur de la petite Sidonie.