L AVANT-COURRIÈRE I
Plaisanterie à part, il me semble que, dans bien des cas, la consultation des femmes serait excellente. Si elles avaient joué un rôle, en ces derniers temps, dans la vie publique, elles se seraient franchement abandonnées, j'en suis convaincu, au courant de pitié qui emporte en ce moment tant de cœurs et contre lequel nous sentons, chez nos maîtres, malgré leurs hypocrites protestations, une résistance si égoïste et si dure. Dans la préparation des lois d'assistance et de prévoyance en faveur des prolétaires qu'on se décide enfin à mettre à l'étude, les avis féminins ne seraient-ils pas précieux ?
Tout le monde est d'accord pour accuser la charité officielle d'être mal faite par une administration insensible comme une machine. Là, par exemple, l'influence de la femme pourrait heureusement s'exercer. Ses mains douces et légères savent, en effet, mieux que les nôtres, panser les plaies, toucher aux blessures. En présence du redoutable problème de la misère, nous plaçons d'éminents économistes — c'est l'épithètc obligée — qui commencent par faire de la statistique et dresser des tableaux à accolades.
Ce n'est pas suffisant; si la femme s'en mé-
lait, elle apporterait, dans l'Assistance publique, un élément nouveau : la sensibilité. Car, seule, elle sait secourir délicatement, sans offenser le pauvre, toujours ombrageux et susceptible. Où nous n'apportons qu'une aide matérielle, qu'une aumône toute sèche, elle ajoute un peu d'émotion, donne avec son louis ou son écu le bouquet de violettes de son corsage, embrasse l'enfant malade, fait grand bien aux infortunés par une larme de compassion, un sourire d'encouragement.
Je suis plein de respect — oh ! comme je les respecte! — pour les élus du hasard de la fourchette, autrement dit du suffrage universel. Mais vous ne m'ôterez pas de la caboche que, pour ce qui intéresse la vieillesse et l'enfance abandonnées, d'honnêtes femmes, de bonnes mères de famille légiféreraient avec beaucoup plus de compétence et de bonne volonté que l'Homme- Canon ou M. Wilson.
L'affiche de Y oAvam-C ouvrière réclame, quant à présent, comme je l'ai dit, un peu plus de liberté, pour la femme mariée, dans les transactions commerciales. Je me garderai bien de me lancer sur une question à laquelle je n'entends goutte. Mais, ce que je sais bien, — pour l'avoir