‹ Mon franc-parlerChapitre 23 sur 56 · UNE TÊTE COUPÉE · texte numérisé non relu

UNE TÊTE COUPÉE

gringole un pante » dans les solitudes suburbaines, oui, c'est possible, la guillotine est un épouvantail; et, malgré l'horreur qu'elle m'inspire, je veux bien admettre son effroyable utilité.

Et encore, est-ce bien sûr? On voit mal ce qui se passe dans ces âmes de ténèbres. Sur certains de ces monstres, — hélas! à plaindre, eux aussi, car ils ont été conçus dans l'accouplement du vice et de la misère, — sur quelques-uns, la terrible Veuve exerce, au contraire, on ne sait quelle mystérieuse fascination. Ne leur promet-elle pas, le jour où elle leur tendra ses bras rouges, le jour de l'expiation, une hideuse gloire, un ignoble triomphe?

Dans tous les cas, je le crois fermement, la crainte de la peine de mort est sans effet sur les fanatiques.

Après avoir lu, dans plusieurs journaux, les détails sur l'exécution de Vaillant, je suis demeuré tout pensif. Je me le suis imaginé, bombant sa poitrine sous les cordes, marchant d'un pas ferme, bandant sa volonté, concentrant toute son énergie, et, les yeux levés vers le couteau, jetant enfin à la société son cri de malédiction; et, malgré moi, un autre spectacle a surgi brusquement

l^O MON FRANC PARLER

dans mon esprit. J'ai vu un groupe d'hommes et de femmes se pressant les uns contre les autres, au milieu de l'arène oblongue du cirque, sous les milliers de regards de la foule, tandis que, de tous les gradins de l'immense amphithéâtre, montait cette clameur formidable : oid leones ! et que, làbas, les belluaires ouvraient la cage des bêtes féroces.

Oh! pardonnez-moi, sublimes chrétiens des âges de persécution, vous qui mourûtes pour affirmer votre foi de douceur, de sacrifice et de bonté, pardonnez-moi de penser à vous devant ces hommes sombres, qui vont vers leur impossible et triste chimère à travers le meurtre et le massacre! Mais, dans les yeux de l'anarchiste marchant à la guillotine, il y a — ô douleur! — la même flamme d'intrépide folie que dans vos yeux, vierges saintes, que dans vos yeux, martyrs et confesseurs!...

Certes, il n'y a rien de commun entre vous et cet homme. Vous attendiez les lions, en chantant un hymne de paix, une prière d'amour. Vaillant, lui, s'est jeté sous le couteau, avec un hurlement de haine, en criant vengeance.

Qui donc oserait cependant affirmer que le courage de ce fanatique n'exaltera pas d'autres

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