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MAXIME DU CAMP

la Commune et que Jourde, notamment, fut d'une probité admirable.

Maxime Du Camp, qui était très brave, levait les épaules devant toutes ces insultes. Il en est désormais à l'abri. La tombe a cela de bon qu'on n'y entend plus les paroles injustes et stupides.

Celui qui s'y couche aujourd'hui fut un homme de talent, d'étude, de savoir et d'honneur. Qui donc ne souhaiterait pour soi-même l'épitaphe qui est justement due à Maxime Du Camp :

« Il a beaucoup travaillé. »

10 février 1S94.

Avec les Poètes

es heures de la convalescence sonc lourdes et monotones. Une fatigue fiévreuse vous accable. Le goût et l'odorat sont altérés. Au repas, l'aile de poulet a un goût de cendre, et, si l'on essaie de fumer, la cigarette sent le foin.

Ce malaise s'augmente aujourd'hui pour moi d'une tristesse noire, car je songe au nouveau crime anarchiste, à l'explosion de l'Hôtel Terminus. On ne sait plus que penser ni que dire. Il semble que la civilisation recule. Évidemment, à l'instant où j'écris, bien des fous fanatiques

AVEC LES POÈTES l6l

applaudissent en secret à cette tentative de massacre; et le journal du soir que je viens de parcourir — un journal libéral et ordinairement modéré — en arrive à préconiser la loi de Lynch!...

Loin de moi, ces horreurs! Je veux, pour ce soir au moins, en purger mon cerveau. Qu'on me donne un népenthès, un opium qui me procure de beaux rêves! Justement, j'ai là les livres récents de plusieurs poètes. Ce sont des consolateurs. Pour quelques heures, je prétends vivre pour eux et avec eux. Qu'ils enchantent ma langueur de malade et qu'ils bercent ma douleur de citoyen!

Voici d'abord Y Ésope de mon bien-aimé et si regretté maître Théodore de Banville. C'est une délicieuse comédie, digne sœur de Diane au bois et de Ve'iJamia. où le cher lyrique, une fois de plus, s'est plu à rajeunir une vieille fable par une inspiration et une forme tout à fait modernes. La Muse de Banville — il croyait à la Muse autant qu'un fervent catholique croit à la Sainte Trinité — m'apparaît comme une de ces figures de femmes dont le svelte corps se dresse dans les étroits bas-reliefs de la Fontaine des Innocents. Les déesses qui peuplent l'œuvre de ce mythologue seraient plus volontiers sculptées

par Jean Goujon que par Praxitèle. J'ai retrouvé dans son Ésope cette union de la pureté antique et de la grâce ornée de la Renaissance.

C'est le dernier ouvrage du poète. Mais Banville n'a pas connu la vieillesse. Il eut ce don suprême de conserver jusqu'à la fin l'enthousiasme de l'esprit et l'ingénuité du cœur. Aucune trace de décadence dans cette fantasque fiction, qui nous montre le pauvre esclave de Phrygie, bossu et contrefait, devenu le ministre tout-puissant du roi Crésus et aimé de la belle Rhodope. Jamais l'imagination de Banville ne fut plus éclatante, sa langue plus riche et plus limpide, son vers plus souple et plus harmonieux. Le rôle d'Esope est particulièrement admirable. J'y rêverais Coquelin, avec son art très sûr de composition et sa voix de cuivre.

Pourquoi cette charmante comédie n'a-t-elle pas été jouée? Sans doute, ce n'est pas une pièce à intrigue tricotée, à ingénieuses et mesquines combinaisons. N'y a-t-il donc plus de public capable de supporter deux heures de lyrisme et de rêve? Je n'en crois rien. Hélas ! l'auteur n'est plus là pour s'occuper de son œuvre, voilà tout. Tel est le monde du théâtre, où il faut dépenser plus de démarches et de paroles pour la représenta-

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