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PETITES GENS I

pas et restent sages. Mais sous leurs gants du dimanche les doigts sont criblés de piqûres.

Braillards de clubs populaires, réclamez la journée des « trois huit ». Il ne s'en soucie point, ce pauvre papa en paletot râpé, qui se rase à la chandelle, en hiver, court donner une leçon avant d'aller à son ministère et tient des livres, le soir, pour que ses deux grandes aînées ne manquent pas de bottines et que son garçon finisse ses études.

Et savez-vous pourquoi, camelots de la politique, ces petites gens dont je parle sont, en définitive, moins malheureux que vos dupes, que ces travailleurs que vous excitez sans cesse? Leurs privations sont à peu près les mêmes. Mais ils ne vous écoutent pas et ils vous méprisent. Leur bon sens et leur cœur droit protestent contre vos boniments. A la misère qui les menace ils se contentent d'opposer d'admirables vertus, l'ordre, la sobriété, le sentiment profond de la famille. La plupart, esprits traditionnels, imitent leurs père et mère, s'efforcent d'inspirer de l'honneur à leurs fils, et à leurs filles un peu de piété. Et tous, contre les duretés du sort, sont armés de la sagesse suprême : la résignation.

Jamais autant que l'autre jour, en circulant

parmi les groupes endimanchés, je ne me suis senti de sympathie pour cette population parisienne, si simple, et ordinairement si bonne, si douce. J'éprouvais une véritable joie de la voir jouir d'un repos bien gagné.

Puis, tout à coup, je me suis rappelé la hideuse parole de l'anarchiste : « Il n'y a pas de bourgeois innocents. »

Et je l'ai vu, par l'imagination, au milieu de ses victimes futures, le fou sanguinaire, fils de l'Orgueil et de l'Envie, le dernier-né des démocraties niveleuses. Impitoyable, il cachait son engin de mort sous ses haillons, et, dans ses yeux fixes de monomane, éclatait la pensée atroce de Caïn, le rêve fratricide du pauvre qui va tuer des pauvres!

22 février iSç.f.

Discours académiques

ans la dernière élection de l'Académie Française, les partisans d'Emile Zola ont fait un grand effort, sans obtenir, hélas ! un progrès bien sensible. J'ai voté fidèlement pour l'auteur des 'Rgiigon-zAfacquart. Mais tout en déplorant le rigoureux ostracisme qui interdit au maître romancier l'accès de la fameuse Coupole, je ne cacherai pas le plaisir que m'a causé le succès de l'excellent poète José-Maria de Heredia, mon ami depuis près de trente ans, mon vieux et cher camarade de la bande lyrique du Parnasse.

I 8o MON FRANC PARLER

Comme j'avais l'honneur de présider la Compagnie lors de la more de M. de Mazade, à qui Heredia succède, c'est moi qui, d'après l'usage, serai chargé de répondre à son discours de réception. Ce jour-là, je l'appellerai « monsieur » gros comme le bras, puisque la tradition l'exige, et cela me fera même un drôle d'effet. Mais je préviens loyalement d'avance les amateurs de mots malicieux et d'épigrammes. Qu'ils ne tourmentent point l'aimable M. Pingard pour assister à cette séance. Ils seraient volés. Puisque le hasard, bienveillant pour une fois, m'accorde la joie de souhaiter la bienvenue à un poète, je le ferai en toute cordialité. Je me contenterai de lui parler de l'art des vers, dont le noble souci a rempli sa vie et la mienne, et je ne ménagerai pas l'éloge à ses admirables Trophées.

Ah ! si, par un caprice tout différent du destin, j'avais été mis en présence de quelque personnage officiel et solennel, d'un gros bonnet de la politique, par exemple, j'aurais peut-être été capable de ne pas résister à la tentation de lui offrir quelques bonbons au chicotin roulés dans le sucre académique.

Mais non. Pas même. Je me calomnie; car j'estime, par principe, que cette habitude de ta-

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