‹ Mon franc-parlerChapitre 31 sur 56 · DISCOURS ACADÉMIQUES · texte numérisé non relu

DISCOURS ACADÉMIQUES

quelques pages de belle prose, c'est le ce chefd'œuvre », la pièce de maîtrise des anciennes corporations, c'est ce que certains vieux professeurs appellent encore un « morceau ».

Bon ! Mais encore faut-il que cet exercice de rhétorique soit consacré au défunt et à ses mérites. La tradition est là, elle est précieuse, elle date de la vieille France; et, pour ma part, je regretterais fort qu'elle s'altérât et se perdît. Eh ! messieurs les candidats, un peu moins d'impatience. Ce « mort » vous est indifférent ou antipathique; vous ne le considérez pas comme un ce beau mort ». Eh bien, attendez une autre vacance. Rien n'est plus facile que de ne pas se présenter à l'Académie Française.

Mais une inquiétude me vient. On va peut-être s'imaginer que je suis déjà préoccupé de la façon dont sera tournée, un jour ou l'autre, mon oraison funèbre. De grâce, ne me prêtez pas ce ridicule.

Lorsque je vois un récipiendaire à la mode nouvelle traiter son prédécesseur par-dessous la jambe, je ne me dis point, pareil au personnage de Gavarni qui voit passer un ivrogne : « Voilà comme je serai dimanche. » Je suis plus raisonnable. Je me moque absolument des éreinte-

menus posthumes, trop heureux si l'on veut bien me ménager à peu près de mon vivant. Sur les bords du Phlégéthon, j'en suis certain, on ne se soucie plus de toutes ces vanités.

D'ailleurs, je les juge déjà à leur juste valeur, et j'admire plus que jamais l'Ecclésiaste. Si l'on me demandait, aujourd'hui, de rédiger mon épitaphe, je crois bien que je me contenterais de modifier — et très peu — le célèbre distique de Piron :

Ci-gît François, qui ne fut rien...

A peine académicien.

Ie* mars iSyf.

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Choses parlementaires

vez-vo u s remarqué que depuis quelque temps on ne parle presque plus de ce ,-£si#é^ qui se passe à la Chambre? Le parlementarisme nous offre pourtant, selon sa vieille habitude, son joli petit scandale par semaine. Mais on n'y fait plus attention.

Lorsque Wilson, chargé des péchés d'Israël comme le bouc de l'Écriture, fut invalidé, parmi les clameurs d'une majorité qui ne renferme dans son sein, comme vous savez, que des dragons de vertu, des personnages intègres, des hommes désintéressés et absolument incapables d'accepter

un pot-de-vin, le public se contenta de lever les épaules. A peine quelques ironistes se sont-ils souvenus de l'admirable fable des cAnimaux malades de la peste.

Après la stupéfiante séance où le président de l'assemblée, atteint et convaincu d'avoir coupé un fort chanteau dans l'énorme miche des fonds secrets et de l'avoir gracieusement offert à un ennemi du gouvernement, alors à Sainte-Pélagie, refusa de dire pourquoi et se barricada dans un silence majestueux, — si vous voulez, — mais significatif, aucune émotion ne se manifesta dans les multitudes.

Le monde parlementaire est comparable à un pauvre diable, décidément déshonoré. Il fait songer à ce marchand de je ne sais plus quoi, qui poussait, dans ses prospectus, ce soupir de soulagement : a J'ai donc enfin fait faillite! » Ces gens-là ont adopté le parti le plus sage, l'effronterie. Quand le mépris tombe à verse, ils ouvrent tranquillement leur parapluie, et laissent pleuvoir. Et, en vérité, je les aime mieux ainsi que lorsqu'ils veulent faire les rodomonts.

Par exemple, quand les anciens panamistes et leurs camarades du centre ont crié, l'autre jour : « Tout à l'égout! » au fameux trafiquant de ru-

CHOSES PARLEMENTAIRES l8o

bans rouges, le spectacle a été un peu trop répugnant. En acclamant les grandes phrases sur la morale publique, les politiciens n'avaient pas plus de conviction que les claqueurs de l'Ambigu, quand ils applaudissent les beaux sentiments dans les tirades d'un mélodrame. Fi, les affreux Pharisiens !

Je les préfère dans leurs accès de cynisme. Ils ont été très bien, tenez, à propos des dix mille francs de la Cocarde. A la bonne heure! Il ne faut pas rougir de ses turpitudes. Le bon peuple, dans cette expression « une franche canaille », met un peu de pardon gouailleur, un rien d'indulgence. Il a raison. Tout vaut mieux que l'hypocrisie.

Et les démentis! Non, connaissez-vous rien de plus bouffon que les démentis dans le monde politique ? Précisément, la presse en est inondée, en ce moment-ci, soit par lettres directes, soit par le canal des agences. C'est notre pain quotidien. La formule est immuable : « J'oppose à cette affirmation le démenti le plus formel. » A de pauvres niais comme vous et moi, n'ayant pas l'habitude de l'imposture, une telle parole donnerait une apoplexie d'indignation ; et, le lendemain, dans un site champêtre, deux hommes

seraient militairement mis en présence, chacun à l'ombre d'un pistolet. Mais on n'est généralement pas si chatouilleux, chez nos « honorables ». Le démenti, donné pour la forme, reste presque toujours sans conséquences.

D'ailleurs, la galerie n'est jamais dupe de cette farce, et ces messieurs feraient mieux d'y renoncer. Nous savons si bien qu'ils vivent dans une atmosphère de mensonge, qu'un démenti, émanant de l'un d'eux, équivaut pour nous à la certitude du fait en litige.

Qui n'a pas entendu et très souvent ce bout de dialogue :

« Vous savez?... On prétend que M... — ici un nom de ministre ou de député — a fait telle ou telle chose.

— Pas possible!...

— Mais il vient de le démentir.

— Ah ! alors c'est positif. »

Voyons, quelle prouesse ont-ils encore accomplie, dans ces temps derniers, les pasteurs du peuple? Eh! vertuchoux! j'allais l'oublier. Ils ont fait d'excellente besogne, par grand hasard. Ils ont pris la résolution — cela tiendra-t-il ? — de renoncer à la politique anticléricale et de ne plus taquiner les curés.

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