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calme philosophe et en observateur un peu sceptique, la désinvolture avec laquelle, dans cette circonstance, le gouvernement et la majorité viennent de retourner leur chemise et de taire, comme on dit, la lessive du Gascon. Car, enfin, le ministre applaudi samedi dernier est l'ami, le disciple de Gambetta; il a, pendant de longues années, obéi à la consigne laissée par le patron : c Le cléricalisme, voilà l'ennemi! » Et les hommes du centre, qui battaient des mains, ont tous promis, plus ou moins, dans leurs programmes, la suppression du budget des cultes, la séparation des Églises et de l'Etat, la déchristianisation de la France, pour parler leur patois, et ils ont tous agité, naguère, le spectre noir. En un jour, voilà qu'ils se retournent. « A droite, conversion! » comme on commande sur les champs de manœuvre.

Oui, je sais. Ils conviennent qu'ils ont eu tort, font leur meâ culpà. Comme saint Jérôme au désert, ils se frappent la poitrine d'un caillou. Soit. Il est toujours beau, après expérience, de reconnaître une erreur. A leur place, j'en ferais autant, et je réclame, pour moi-même, le droit de me contredire. Montaigne est un fameux homme, et je ne suis pas toujours bien sûr de mes opinions'

les plus chères. Que dis-je? Il y a des moments où elles me dégoûtent; par exemple, quand je les retrouve, aplaties et déformées, dans la bouche des sots. Je suis parfois tenté de faire comme un de mes amis, homme de la plus spirituelle impertinence, qui, lorsqu'un imbécile lui disait : « Ah! je suis bien de votre avis, » s'écriait aussitôt : « Comment? Vous êtes de mon avis... Alors, j'en change. »

Seulement, moi, je ne me suis pas chargé d'assurer le bonheur de la France; et, pour en revenir à la mémorable séance du 3 mars, la volteface me semble un peu violente. Et puis, si, après avoir a écrasé l'infâme » pendant si longtemps, j'étais tout à coup forcé de publier que la religion a du bon, je crois que cela me rendrait modeste et m'inspirerait le désir de renoncer aux affaires et de passer la main à de plus clairvoyants.

oc Mon cher ami, — me dirais-je dans un court monologue, — depuis vingt ans, tu gouvernes comme un fiacre, et tu ferais mieux d'aller surveiller tes salades. »

N'attendez pas de nos hommes d'État cet humble aveu et cette conduite décente. On sait que les douceurs de la retraite, célébrées par Racan en strophes délicieuses, font horreur aux

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politiciens. Le temps est loin où Dioclétien se retirait à Salone, pour y arroser des légumes, et Amuratll à Magnésie pour y cultiver des roses.

S mars 1894.

« Au Jardin de l'Infante »

'est le titre d'un délicieux recueil de poésies que je viens de lire, et je veux remercier l'auteur des heures enchantées que je lui dois.

Aujourd'hui, je vous en préviens, vous trouverez ici très peu de ma prose, seulement ce qu'il en faudra pour encadrer quelques-uns des vers de M. Albert Samain. Ce sera pour vous tout bénéfice. Je n'ai, d'abord, aucune prétention au rôle de critique littéraire, et puis, il me semble que, pour donner l'impression générale du livre d'un poète, la citation vaut mieux que

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