‹ Mon franc-parlerChapitre 36 sur 56 · AU JARDIN DE L INFANTE · texte numérisé non relu

AU JARDIN DE L INFANTE

... L'heure passe comme une femme sous son voile.

... Mets sur mon front tes mains fraîches comme une eau pure.

Mais je citerais jusqu'à demain.

M. Albert Samain est un poète d'automne et de crépuscule, un poète de douce et morbide langueur, de noble tristesse. On respire, tout le long de son livre, l'odeur faible et mélancolique, le parfum d'adieu des chrysanthèmes à la Saint- Martin. Dans cet ordre d'émotions, les neuf strophes, ayant pour simple titre : Élégie, sont adorables.

Ne croyez pas cependant que M. Albert Samain n'ait sur sa palette que des demi-teintes et des couleurs assourdies. Je ne veux pour preuve du contraire que ses deux admirables sonnets sur Cléopâtre. Par malheur, la place me manque. Mais voici toujours le second :

Lourde pèse la nuit an bord du Nil obscur... Cléopâtre, à genoux sous les astres qui brûlent, Soudain pâle, écartant ses femmes qui reculent, Déclnre sa tunique en un grand geste impur,

Et dresse éperdument sur la haute terrasse

Son corps vierge, gonflé d'amour comme un fruit mûr.

Toute nue, elle vibre! et, debout sous l'azur,

Se tord, couleuvre ardente, au vent tiède et vorace.

Elle veut, et ses yeux fauves dardent l'éclair, Que le monde ait ce soir le parfum de sa chair. . . 0 sombre fleur du sexe éparse en l'air nocturne !

El le sphinx, immobile aux sables de l'Ennui, Sent un feu pénétrer son granit taciturne; Et le désert immense a remué sous lui.

Quelquefois, par caprice d'artiste, le poète s'embarque pour les féeriques paradis de Watteau, pour les paysages bleus éclairés d'un rose clair de lune :

... Les gondoles sont là, fragiles et cambrées Sur l'eau dormeuse et sourde aux enlacis mourants, Les gondoles, qui font, de roses encombrées, Pleurer leurs rames d'or sur les flots odorants.

Les nefs d'amour, avec leurs velours de simarres, Captives en tourment, se meurent sur les eaux... Oh! quels doigts fins viendront délier les amarres, Un soir, parmi la chevelure des roseaux ?

On devine ici l'influence de Paul Verlaine, qui, lui-même, lorsqu'il écrivit ses délicieuses Fêtes galantes, n'avait pas oublié la Fête che\ Thérèse, de Victor Hugo. Car, comme dit Brid'oison, on est toujours le fils de quelqu'un. En littérature on est même souvent le fils de plusieurs. Et, puisque la recherche de la paternité intellec-

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