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EN ALGÉRIE

fique, il se lança dans les accumulateurs, les ampoules Edison, que sais-je? et déploya une technique qui était de l'hébreu pour moi, attendu que toutes ces belles choses n'existaient pas encore, du temps où je suivais, au lycée Saint- Louis, le cours de physique de M. Lissajoux.

Entre nous soit dit, je sentais bien que le cadi, très fier de son savoir et très vaniteux, ainsi que presque tous les indigènes, voulait m'éblouir et, comme on dit en argot parisien, qu'il « se payait ma tête ». Mais il peut se vanter d'y avoir réussi. J'étais positivement confondu par tant de connaissances, de culture intellectuelle. Allons, la civilisation triomphait, décidément. Et, comme je m'exclamais, quand il nous eut quittés, et que je déclarais déjà faite l'assimilation des indigènes aux idées européennes :

ce Ne vous montez pas la tête, me dit en souriant M. de V..., et venez avec moi. »

Et, par les ruelles grimpantes de la Kasba, il me conduisit jusqu'au petit cimetière qui entoure la jolie mosquée de Sidi Abd-er-Rahman, un des derniers coins d'Orient restés intacts à Alger. De là-haut, on jouit d'un immense et admirable point de vue sur le golfe, avec l'Atlas au loin, et le Djurjura neigeux.

Mais le commandant ne m'avait pas mené là pour contempler le paysage. Dans un angle des murs de la mosquée, tout près d'un vieux figuier alors dépouillé de ses feuilles, il me montra un étrange vieillard, accroupi sur une natte pourrie, les genoux au menton, demi-nu sous des loques pouilleuses, qui marmonnait des prières en roulant entre ses doigts un chapelet à très gros grains. Tout ce qu'on voyait de son corps était couleur de bronze, et semblait sec et dur comme une vieille racine. Un peu d'étoupe blanche, qui était de la barbe, moisissait sur sa face émaciéc, et dans ses yeux d'aveugle, éteints et laiteux, flottait le rêve immuable, l'idée fixe du fanatique.

Je lui jetai quelques sous, sans qu'il interrompit par un geste ou par un murmure la litanie où il énumérait probablement les quatre-vingtdix-neuf qualités d'Allah.

« Ce saint homme, me dit M. de V... en m'entraînant, est célèbre par sa piété dans toute l'Algérie. Il fait des miracles. Les feuilles du figuier sous lequel il prie nuit et jour, guérissent de toutes les maladies. Des pèlerins viennent en cueillir, chaque été, — et des pèlerins qui arrivent quelquefois, s'il vous plaît, des plus lointaines oasis du Sud... Soyez assuré que ce

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