‹ Mon franc-parlerChapitre 4 sur 56 · RENTRÉE DES CLASSES I Ç · texte numérisé non relu

RENTRÉE DES CLASSES I Ç

si délicieuse pour les pédants, de « blaguer l'auteur ».

Je souffrais d'entendre déclamer avec une emphase dérisoire ces vers qui me semblaient si beaux et que j'aimais passionnément, et les épaisses et massives plaisanteries du pion me faisaient horreur. Mais ce qui révoltait principalement ma juvénile générosité, c'était l'attitude de mes camarades, des autres élèves, qui riaient aux éclats par plate complaisance, par bassesse. Heureusement, cette hilarité avait pour résultat d'abréger mon supplice. Le sot personnage finissait par la juger scandaleuse, craignait d'avoir compromis son caractère, sa dignité. Il s'interrompait alors, jetait le papier avec dédain, frappait du plat de la main, sur le bois de sa chaise, deux ou trois coups de suite pour apaiser le tumulte, disait d'une voix sèche : « Messieurs... messieurs... » et reprenait sa grimace de morgue et d'autorité.

Je n'ai jamais oublié cet épisode — plusieurs fois renouvelé — de ma vie de lycéen. Il a suffi pour m'inspirer le respect de toutes les admirations, et je n'ai pas à me reprocher cette action lâche et mauvaise d'avoir raillé l'enthousiasme d'un enfant.

l6 MON FRANC PARLER

Le professeur dont je viens de parler était, du reste, une exception, je m'empresse de le dire; et je tiens, par esprit de justice, à écrire pieusement ici le nom d'un homme admirable, qui non seulement s'occupait avec le même zèle affectueux et éclaire de tous les enfants placés sous sa direction, mais qui ne les perdait jamais de vue et demeurait pour tous, dans quelque condition qu'ils fussent, un protecteur dévoué et un paternel ami. Cet excellent, j'oserai dire ce saint homme, que ses anciens élèves ont environné jusqu'à la fin de leur reconnaissante amitié, s'est éteint récemment, plein de vertus et d'années. Il s'appelait M. Evelard, et il fut mon professeur de quatrième.

Comme contraste à ces souvenirs — maussades, en somme — que viennent d'évoquer pour moi cette date d'octobre et le tapis de pourpre et d'or des feuilles mortes, que j'ai foulé dans ma promenade du matin, je vous conterai sans doute, un de ces jours, ce que fut, en dehors des heures de collège, mon adolescence. Je vous dirai dans quel milieu de pauvreté fière et décente, dans quelle atmosphère de hauts et tendres sentiments, elle eut le bonheur de s'écouler, innocente et pensive. Je remercie, en les bénissant,

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