RENTRÉE DES CLASSES
les êtres chers à qui j'ai dû ces douces années, de m'avoir épargné les duretés et les flétrissures de l'internat. C'est chez moi une conviction que, pour les enfants doués' de quelque délicatesse, il n'est pas de pire début dans la vie que cette promiscuité de la caserne universitaire. Je n'ai fait que la traverser, mais, chez tous ceux qui, l'ayant subie, en parlent sans rancune et sans dégoût, j'ai presque toujours découvert un fond d'âme brutal et impur.
12 octobre 1S9}.
Devant de vieilles Estampes
onnaissez-vous le Livre et l'Image, la revue documentaire illustrée, que dirige M. John Grand-Carteret, et dont sept fascicules ont déjà paru? Pas encore peutêtre; mais soyez sûrs qu'elle fera son chemin. Pour moi, je ne doute pas du succès qu'obtiendra cette publication auprès de ceux — et ils sont nombreux — qui ont la passion du curieux et du rare et qui, selon un mot fameux, — de Mérimée, je crois, — n'aiment de l'histoire que les anecdotes.
Les éditeurs nous ont tracé leur plan en quel-
DEVANT DE VIEILLES ESTAMPES
ques lignes excellentes. Ils ont l'intention de nous donner et ils nous donnent déjà, avec un goût sûr et exquis pour l'inédit, l'original, le nouveau, ils nous donnent, dis-je, « l'histoire du passé par les mœurs, par la peinture, par l'évocation de la vie ; l'histoire du présent, par ce que les classiques appellent encore les petits côtés, ces petits côtés qui nous renseignent si exactement sur les époques disparues ».
Or, en parcourant cet intéressant recueil, j'y trouve un très bon article de M. Henri Bouchot, qui, par les faits qu'il rappelle, aussi bien que par les estampes dont il est orné, offre un contraste très remarquable avec l'état d'enthousiasme des âmes françaises pour nos chers hôtes, les marins russes. Le texte et les gravures de cet article nous font revivre, en effet, quelques-uns des plus honteux, des pires jours de l'histoire contemporaine. Ils nous montrent l'arrivée et le premier séjour à Paris des Alliés et notamment des Russes, en 1814. Ils nous fournissent la preuve authentique de la conduite vraiment monstrueuse d'une partie de la population parisienne en présence des conquérants.
Les événements sont, d'ailleurs, très connus, et je n'y insisterai pas, car on ne peut y penser
20 MON FRANC TARLER
sans rougir. Dans cette circonstance, on le sait, les ultras du parti royaliste se déshonorèrent. Certes, au premier moment, ils eurent quelque courage à arborer la cocarde blanche et à forcer ainsi l'opinion, très affaissée dans un tel désastre, de se tourner du côté des Bourbons, alors si profondément oubliés. Mais l'attitude de ces émigrés de l'intérieur fut absolument scandaleuse. C'est sur ce point que le Livre et l'Image nous offrent de terribles documents.
Une image allemande, publiée à Nuremberg, est faite pour donner la nausée. Elle représente l'arrivée triomphale des Alliés, Sur la place Vendôme, ayant à leur tête l'empereur de Russie et le roi de Prusse. Un groupe d'hommes et de femmes, portant un drapeau blanc fleurdelysé, se pressent autour du tsar, tombent à genoux devant lui; une vieille lui baise la botte, et deux dames hissées sur des chevaux de Cosaques qu'elles ont cyniquement enfourchés, accompagnent l'escorte du souverain. Hélas! le dessinateur a travaillé d'après nature. Tout cela est vrai. On sait le nom des deux amazones, qui appartenaient à la meilleure noblesse. Oh! combien il avait raison, l'homme du peuple qui, dans son indignation, montrant du poing les deux fe-
DEVANT DE VIEILLES ESTAMPES
nielles, s'écriait : « Ça n'a pas d'entrailles, ça n'a que des tripes! »
Les reproductions d'une planche à l'aquatinte de l'Allemand Sauerweid et d'une estampe du Tchèque Opitz, représentant toutes les deux le bivouac des Cosaques aux Champs-Elysées, laissent aussi une impression d'horreur et de dégoût chez quiconque a le cœur à sa place. Là encore, de belles aristocrates, suivies de leurs maris et de leurs parents, parcourent, en grande toilette, le campement des sauvages cavaliers, les frôlent de leur robe, les troublent de leur sourire, acceptent de s'asseoir sur le seuil des tentes, reçoivent les hommages des hetmans et des officiers... Navrantes, abominables scènes qu'aucun artiste français n'a consenti à reproduire, mais dont les vainqueurs ont recueilli, par le pinceau et par le crayon, l'indéniable témoignage.
En regardant ces vieilles images, j'ai eu froid au cœur et ma gorge s'est contractée. C'est donc vrai. L'esprit de parti peut faire descendre certaines âmes jusqu'à ce degré d'avilissement; on peut arriver à commettre de .telles infamies par fureur, par hystérie politique!... Et cette page fangeuse n'est pas la seule qu'on voudrait arracher de notre histoire. Quiconque s'est enrôlé
dans une faction, devient capable, sinon de pareilles turpitudes, du moins de sentiments aussi bas. Je me les rappelle encore, avec épouvante, au début de la guerre de 1870, la joie hideuse et mal réprimée, les sourires nerveux et involontaires des ennemis du régime d'alors, à l'annonce des premières défaites.
... Mais quatre-vingts ans ont passé, depuis que les maigres bidets des Baskirs et des Kalmoucks ont rongé, de leurs dents longues, l'écorce des arbres du Cours-la-Reine. La France ne se souvient plus de l'Invasion ni de la Champagne hérissée de lances; la Russie a oublié que nous avons jadis débarqué en armes — pourquoi, grand Dieu! — sur les rivages de l'antique Chersonèse. Si l'on s'est fait la guerre, on ne s'est jamais haï. En 18 14, Alexandre Ier fut magnanime, après la victoire; et, dans les tranchées devant Sébastopol, pendant les suspensions d'hostilités, les officiers des deux armées, avec une politesse chevaleresque, échangeaient des cigares. Puis, un beau jour, on s'est aperçu, les uns et les autres, qu'on n'avait que des intérêts identiques, des sympathies communes. Et l'on fraternise. Enfin! Ce n'est pas malheureux!
« Si j'étais le roi de France, disait le Grand
DEVANT DE VIEILLES ESTAMPES 2
Frédéric, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe sans ma permission. » Hélas ! ce temps est loin. Depuis vingt-deux ans, nous étions réduits à la défensive, tristes, fiers et seuls.
Mais le noble tsar, en qui l'esprit de justice habite, a froncé le sourcil devant les coalitions de trois contre un. Il a songé qu'en s'unissant à la France militaire, il deviendrait, à son tour, l'arbitre de la guerre et de la paix; et il nous a loyalement tendu la main. Tout son peuple a compris sa grande pensée, et, dans ce moment, les deux nations s'étreignent, se donnent le baiser d'alliance.
Toute la France est pavoisée. Les drapeaux des deux pays se gonflent au vent d'automne et mêlent fraternellement leurs couleurs. Sur le passage des vaillants marins que le tsar confie à notre hospitalité en signe d'amitié, s'élève une immense clameur d'allégresse. Par intervalles, monte la prière de l'hymne russe, pieuse et pure comme une fumée d'encensoir, alternant avec la belliqueuse zMarseillaise, qui éclate avec des rougeurs et des flammes d'incendie. Nous nous sentons tous un poids de moins sur le cœur. Nous éprouvons une délicieuse sensation de délivrance
et d'espérance. C'est une heure d'enivrement. Béni soit le tsar, bénie soit la Russie, qui nous la donnent!
Quel en sera le réveil? Certes, le tsar veut la paix, nous voulons la paix. Mais, malgré le mot du Grand Frédéric, nul n'est maître des événements. Personne n'a désarmé. Au lendemain de ces fêtes splendides, nous nous remettrons à construire des cuirassés et à fondre des canons. Elle continuera, la bataille à coups de millions, où l'on se mitraille avec des pièces d'or. Au moment le plus imprévu, un vent peut s'élever, le vent fatal qui soulève les tempêtes humaines, dont les lames sont des bataillons.
Nous ne serons plus seuls? Ce sera la victoire?... Ah! j'ai confiance, j'espère de toutes les forces de mon cœur!... Mais qui peut les prévoir, les sanglants caprices de Sabaoth?
N'importe! Nous ne saurions jamais assez les fêter et les acclamer, ces généreux amis qui rétablissent l'équilibre de l'Europe et qui remettent la force du côté du droit. Déjà ils viennent de nous rendre un immense service. Ils nous ont tous unis, réconciliés, — pour un seul jour peutêtre, mais qu'il est doux! — dans l'amour de la patrie. Je suais de honte, tout à l'heure, devant
DEVANT DE VIEILLES ESTAMPES 2 f
ces vieilles estampes où je voyais l'infâme politique se jeter, comme une fille, au cou de l'ennemi. Eh bien! aux petits-fils de ces Russes à qui nous donnâmes autrefois cet odieux spectacle, nous prouvons aujourd'hui que nous ne connaissons plus ces haines, que nos querelles intérieures, que nos misérables divisions s'apaisent et se dissipent quand parle en nous le sentiment national, et que c'est bien la grande famille française, la famille tout entière, qui les accueille et qui leur tend les bras.
j8 octobre iSyj.
Après les Fêtes
lle est juste, la locution populaire :
« Triste comme un lendemain de fête. » Il est beau, le vers de î^/y
Du spectacle d'hier affiche déchirée.
Et rien n'est lugubre comme la carcasse d'un feu d'artifice.
Pourquoi donc, après ces jours de concorde et de joie, que je viens de vivre avec toute la France, pourquoi donc suis-je hanté par le souvenir de cet homme qui, devant le logis de nos
hôtes, a tiré un coup de revolver sur la foule et qui, interrogé sur le mobile de son acre, a froidement répondu qu'il était sans pain et qu'il avait voulu, au milieu de l'enivrement général et des luxueuses réjouissances, fiire entendre la protestation des affamés?
Sans la police, ce malheureux eût été déchiré, mis en pièces par cent mains furieuses.
A mort, le scélérat et la bête brute qui, lorsque son pays s'éveille d'un cauchemar qui a duré plus de vingt ans, lorsque tous les cœurs battent du même sentiment de bonheur et d'espérance, ose troubler cette heure délicieuse par un crime imbécile, veut tuer pour tuer, au hasard, fait feu sur les passants, essaye d'ensanglanter la robe de fête de la patrie! A mort, le traître, qui rappelle à nos chers alliés, à nos généreux amis, que la terre d'hospitalité qu'ils foulent est une solfatare; que ce Paris qui les accueille par de longs cris d'amour est la vieille ville des révolutions, des émeutes et des massacres; que ce peuple si aimable, si gai, si doux, peut, en une heure, devenir épouvantable; qu'il est capable, demain, de faire succéder aux salves triomphales les explosions de dynamite, et que les monuments qu'il illumine, ce soir, il les a
naguère incendiés ! A more, l'infâme, qui, lorsque deux grandes nations, dans une clameur unanime, annoncent la paix à l'Europe, vient affirmer, par une tentative de meurtre, en quelque sorte symbolique, la guerre civile et la haine entre concitoyens!
Voilà ce qu'aurait pu hurler la foule, voilà certainement ce qu'elle pensait, en se jetant sur le misérable. Hélas! il a d'avance répondu à toutes les imprécations par ce seul et terrible mot : « J'ai faim! »
Puisque, par bonheur, le sang n'a pas coulé, nous pouvons parler maintenant, sans indignation ni colère, de l'action de ce désespéré. Elle est affreuse, certes. Mais, en raison même des circonstances solennelles où elle s'est accomplie, il me semble que nous aurions le devoir d'en tirer une salutaire leçon.
Nous en avons tous le sentiment douloureux et amer. Le touchant et admirable état des âmes françaises, pendant le séjour des marins russes au milieu de nous, ne peut pas durer. Ces belles fêtes, où le patriotisme nous a tous unis pendant quelques jours, n'ont été qu'une trêve, une halte, dans la vie intérieure du pays. Cependant, j'ai la naïveté de croire que ce grand souvenir ap-
portera quelque apaisement dans nos divisions et que, nous sentant plus forts, nous deviendrons plus calmes. Le moment ne serait-il pas bien choisi pour tous les hommes de bonne volonté, sans distinction de partis, d'aborder franchement, résolument, la question de la misère, de donner une solide poussée à l'égoïsme immobile des satisfaits et de les entraîner, bon gré mal gré, dans la voie des concessions et des sacrifices ?
Pour créer un tel courant d'opinion, je ne compte guère, je l'avoue, sur le concours du monde politique. Le Guignol du Palais-Bourbon va bientôt faire sa réouverture. Qu'y verronsnous? D'abord, un grand nombre d'antiques marionnettes, dont le suffrage universel aura repeint, tant bien que mal, le nez usé par les coups de bâton de la lutte électorale. Pas mal de panamistes, revirginisés par les électeurs. Puis quelques prétendus « hommes nouveaux », dont les idées, j'en ai peur, seront vieilles comme les chemins. Il y a bien le groupe des chefs socialistes. Mais ils m'apparaissent, en gros, comme des gens à systèmes, de cerveau étroit, très divisés entre eux. D'ailleurs, ils ne sont pas en nombre. Vous verrez que tout ce monde-là va reprendre les anciennes habitudes, se partager
en petits paquets, s'amuser à mettre M. Goblet à la place de M. Dupuy, et se livrer, comme par le passé, à toutes les turlupinades parlementaires.
Mais, après tout, il ne faut pas non plus s'en faire un monstre, de cette poignée de politiciens. Ils obéissent assez docilement, quand le pays commande. Cette alliance russe en est la preuve. Ils y sont allés comme des chiens qu'on fouette, mais ils y sont allés tout de même. Ne m'a-t-on pas dit qu'il y en avait un — ministre de je ne sais plus quoi — qui avait boudé, pendant les fêtes, et était resté chez lui à rentrer ses betteraves? C'est grotesque!
Bah! il en sera des réformes sociales comme de l'alliance russe. Quand on leur dira, de toutes parts, et un peu solidement, à nos tortues à portefeuille, qu'il est monstrueux, dans un pays riche comme la France, qu'un malheureux, même peu intéressant, même coupable et auteur de sa propre misère, soit sans gîte et sans pain, elles marcheront, les tortues, n'en doutez pas. Mais il sera nécessaire de leur parler sec.
Et c'est cela qu'il faut leur dire. Les philanthropes officiels, les économistes en belle redingote me dégoûtent, à la fin, quand ils reprochent
aux misérables de ne pas être assez laborieux, assez sobres, assez économes. Mais si les misérables avaient toutes ces vertus, ô graves faiseurs de statistiques! ils ne seraient pas misérables. Quanta moi, je n'ai pas le cœur de leur faire les gros yeux. Je songe que les rentiers ont aussi des vices. Et puis, je sens si bien que, si j'étais un pauvre diable, abruti par un travail manuel, je boirais un coup tous les dimanches, et aussi quelquefois le lundi. Non, non! Ayons plus d'indulgence et de bonté. C'est en faveur des pauvres, quels qu'ils soient, en faveur de tous les pauvres, qu'il faut modifier nos lois et nos mœurs.
Il le faut — et, cela, sous peine d'une révolution.
Car, à moins de fermer les yeux et de se boucher les oreilles, on est bien obligé de voir les gestes menaçants des prolétaires et d'entendre les voix impérieuses qui montent d'en bas.
Que réclament-elles, en définitive? Une vie moins pénible pendant les années de labeur, un toit et du pain assurés pour les vieux jours. C'est un minimum.
Je ne prétends pas que, s'ils l'obtenaient, les pauvres auraient un sort beaucoup plus enviable.
Travailler moins, être mieux vêtus, mieux nourris, mieux logés, ils considéreront cela comme un grand progrès. Il sera presque nul au point de vue de leur bonheur intime. Que ne pouvonsnous leur donner, avec le bien-être matériel, la griserie d'une illusion, l'opium d'un beau rêve.
Dis-moi, compagnon, tu ne restes plus que huit heures à ton établi, tu gagnes une bonne journée et tu auras ta retraite à cinquante ans. C'est superbe! Pourtant, sache qu'il était plus heureux que toi, le vilain du moyen-âge, écrasé d'impôts, de dîmes et de corvées, mais qui, le dimanche, à la messe, croyait que Dieu lui-même entendait sa prière, le prenait en pitié et lui réservait une place dans son royaume. Et toi, camarade, te voilà bien fier aussi. Tu ne dépends plus d'un patron. On t'a livré l'outillage industriel, tu as ta part légitime dans une entreprise coopérative. Bravo! Mais ne doute pas qu'il te serait passé d'autres frissons de joie et de fierté dans le cœur, si tu étais entré à Berlin, après Iéna, le fusil sur l'épaule, derrière le Grand Empereur!...
Où m'égaré-je? Je regrette pour les malheureux la foi et l'amour de la gloire. Et moi-même ? Est-ce que je vais à l'église, et, si j'y allais, saurais-je y prier ardemment comme un manant du
xve siècle? Êprouvé-je non plus la moindre envie de conquérir toutes les capitales de l'Europe, comme un grenadier de' 1806? Laissons ces chimères. Ce qui est fini est fini. Les revendications de ceux qui souffrent ont à présent un caractère essentiellement pratique. Nous n'avons qu'un devoir, tâcher de les satisfaire.
Par nature et par éducation, j'ai l'âme traditionnelle et retenue par d'innombrables liens à la poésie du passé. Je m'imagine difficilement la société de demain, sans rêve, sévèrement fondée sur la science et sur le droit strict. A coup sûr, j'ai tort. D'un monde nouveau surgira une beauté nouvelle, un jeune idéal.
Mais, la main sur la conscience, je sens au fond de moi-même un instinct, mon instinct de brave homme, qui proteste de l'effroyable inégalité des conditions humaines, qui s'indigne de la tyrannie de l'argent, qui trouverait tout simple qu'on exigeât des riches de grands sacrifices, qu'on bousculât un peu, par exemple, les lois gothiques sur l'héritage. Cet instinct, qui est surtout fait de pitié, approuve les misérables de réclamer ce qui leur est dû, s'étonne même de leur patience, et, dans le cas d'un refus trop dur et trop prolongé, excuserait d'avance leur révolte.
Au moment des attentats anarchistes, je n'eusse point écrit ces lignes candides et téméraires; car on aurait pu croire que la peur me les dictait. Je n'ai pas ce scrupule, aujourd'hui. Au milieu de la joie nationale, le coup de pistolet de cet insensé — probablement affolé par les privations — a trouvé un écho dans mon cœur, et cet écho a répondu :
a Justice! »
2} octobre 1S93.
Et Bismarck?
W%£evenant de Hongrie, en i88y, jem'arrpS^Ê* rêtai deux jours à Munich, que je ne ÏQ^y connaissais pas. Français, — tout de suite reconnu pour tel, car je baragouine à peine cent mots d'allemand, — j'avais une certaine répugnance à m'arrêter en pays ennemi, et, monté à Vienne dans l'Orient-Express, j'eus d'abord envie de rester, jusqu'à Paris, dans le lit-tiroir du sleeping. Mais on m'avait tellement vanté les Rembrandt et les Rubens de la Pinacothèque, que je surmontai mon dégoût et que je fis une courte halte dans la capitale de la Bavière.
Voici, en résumé, les deux impressions que j'en ai rapportées : les musées sont merveilleux et la bière est exquise.
J'ai admiré là pas mal de chefs-d'œuvre et vidé, je l'avoue, un assez respectable nombre de pots de grès à couvercle d'étain. C'était à la fin d'août, et il faisait une lourde et pâteuse chaleur. On mourait de soif. Las d'avoir piétiné dans les galeries, devant les tableaux précieux et les vénérables marbres d'Ëgine, j'allais m'échouer, le soir venu, à la brasserie du Lion. On y boit, je le répète, une bière délicieuse, et l'on y entend un exécrable concert de cuivre. Je me rappelle ce détail burlesque et caractéristique. Juste au-dessous du chef d'orchestre, bien en vue de tous les consommateurs, un énorme écriteau blanc portait cette inscription en lettres noires : « Le pissoir est au fond du jardin ». Or, on vient en familleà la brasserie du Lion ; ily a, dansl'assemblée, beaucoup de femmes, de jeunes filles. Mais cette grossièreté ne choque personne. La naïveté tudesque est parfois bien répugnante.
D'ailleurs, Munich m'a fait l'effet d'un séjour d'ennui. Le portier de l'hôtel des Quatre-Saisons me proposa bien la distraction innocente de visiter l'intérieur d'une statue colossale, qui est aux
portes de la ville. Les Anglais ne manquent pas d'accomplir cette petite ascension. Dans la tête de la Germania, on a, parait-il, une vue superbe. Mais cette offre me laissa froid. Je ne suis point de ces touristes qui ne croiraient pas connaître le lac Majeur, s'ils ne s'étaient assis un moment dans l'énorme nez de bronze de saint Charles Borromée.
Sur les quarante-huit heures que j'ai passées à Munich, j'en ai donc perdu quelques-unes à flâner, silencieux et seul, par les rues. A chaque pas, j'y rencontrais des soldats en tunique bleuclair, coiffés du petit casque à chenille. Je savais que, quand les Saxons et les Wurtembergeois adoptèrent, par ordre, après la guerre de 1870, l'uniforme prussien, seuls, les Bavarois, en récompense des services exceptionnels qu'ils avaient rendus pendant la campagne, furent autorisés à conserver leur tenue spéciale. Ils me rappelaient l'incendie de Bazeilles, et nos pires désastres, ces lourdauds, vêtus de drap bleu de ciel, que je coudoyais, sur tous les trottoirs, et, dame! ce n'était pas fait pour rendre ma promenade bien enchanteresse.
Une photographie, brusquement reconnue par moi dans la vitrine d'un libraire, m'arrêta net,
avec une douloureuse palpitation du cœur. C'était le plus récent portrait du prince de Bismarck.
N'oublions pas que ceci se passait en 8y, quand les trois vieillards casqués et laurés — Guillaume, Moltke, Bismarck — pesaient si lourdement sur l'Europe. Et celui-ci, le chancelier d'airain, était bien l'âme, la pensée, le génie du triumvirat.
Ce portrait me donna une sensation terrible. Le fondateur de l'unité allemande s'y présentait de face, sur une chaise, dans un jardin, entre deux gros chiens danois. Vêtu d'une longue capote, la casquette d'ordonnance en arrière et enfoncée jusqu'aux oreilles, l'homme était assis, la tête haute, les mains à plat sur les cuisses, dans une attitude effrayante de calme et d'autorité. La carrure du visage, les yeux fixes et ronds jaillissant des paupières meurtries et pochées, les lourdes moustaches en forme de babines, tout lui donnait une ressemblance évidente avec les deux molosses, les deux bêtes de combat, immobiles comme lui et solidement installées sur leurs pattes de devant, à sa droite et à sa gauche.
Ce n'était que l'image d'un vieil homme d'État et de ses chiens favoris; mais il était impossible de ne pas y voir une saisissante allégorie
de la force, une sorte d'idole, de dieu impitoyable, flanqué de deux monstres, ses serviteurs, pareils à lui, formant avec lui une mystérieuse trinité, et tout prêts à s'élancer, au moindre signe, et à exécuter ses ordres de vengeance et de colère. En vérité, c'était très beau.
Je n'avais jamais oublié ce portrait de M. de Bismarck. J'y pensais souvent. Mais il s'est dressé dans ma mémoire avec une intensité extraordinaire, ces jours derniers, tandis que le peuple de France acclamait les messagers du tsar.
Eh bien! mon prince? Qu'en dites-vous? Je m'imagine être aujourd'hui un de ces reporters que vous ne dédaignez pas de recevoir dans votre retraite. Car vous êtes un moderne, malgré vos soixante-dix-huit ans. Vous n'ignorez pas la redoutable puissance de la presse, et vous savez la ménager. Vous excellez, d'ailleurs, dans l'interview, et tous admirent avec quelle brève éloquence, quelle âpre et cruelle raison, quelle mordante ironie, vous jugez les hommes et les événements.
Causons donc un peu.
Que pensez-vous de ce qui s'est passé depuis huit ans? Je ne vous interrogerai pas sur tout ce que vous avez personnellement souffert. Votre
orgueil refuserait de me répondre. Et cependant, quand celui que vous vous étiez habitué à considérer comme un enfant respectueux, comme un élève soumis, vous a chassé avec tant d'ingratitude, vous n'avez pas su d'abord dissimuler votre fureur. Elle était humaine, légitime, d'accord, et la plainte eût été indigne de vous. Vous n'avez pas tardé, du reste, à reprendre empire sur vousmême et à vous envelopper d'un dédaigneux silence. Une joie vous restait et vous suffisait, intime et profonde. Votre œuvre demeurait intacte. Cette Allemagne que vous, le plus grand des Allemands, aviez faite, était toujours la première, la toute-puissante en Europe. Elle se dressait, forte, et haute, entre ses deux alliés, comme vous-même entre vos deux chiens. Et cette France que vous aviez écrasée, il y a vingt-trois ans, semblait se diminuer, chaque jour, elle-même, oubliant le passé, toute à ses discordes intestines et se déchirant de ses propres mains.
Eh bien, Excellence, tout cela est changé. La France a des amis, maintenant. Elle vient de prouver que, malgré leurs misérables divisions, tous ses fils sont indissolublement unis par le sentiment patriotique. Un noble et pacifique souverain l'a compris. Il a fait alliance avec elle, et c'est
lui, désormais, qui est le maître et l'arbitre dans le Vieux Monde. Qu'en dites-vous? Allons, cherchez donc une de ces paroles cruelles, un de ces sanglants sarcasmes dont vous avez le secret.
Prince de Bismarck, vous nous haïssez. Que dis-je? Vous avez contre nous la haine de tout un passé historique, de toute une race. A Jules Favre vous demandant, à Ferrières, après la chute de l'Empire, à qui vous faisiez la guerre, vous avez répondu: «A Louis XIV. » Je ne vous le reproche pas. Pour la grandeur de votre patrie, il vous fallait l'abaissement de la nôtre. C'est l'ancienne politique, qui doit périr un jour, je l'espère, mais qui fut, jusqu'à présent, celle de tous les conducteurs de peuples; et elle vous a, j'en conviens, singulièrement réussi. Vous nous haïssez, et c'est en songeant à cette haine que je devine quelle douleur et quelle rage doivent vous dévorer le cœur.
Qui accusez-vous de ce coup de bascule? Votre élève, imprudent et fanfaron? Mais ne suit-il pas vos enseignements? Preniez-vous souci plus que lui du désir de paix de l'Allemagne? N'éticz-vous pas, comme lui, pour les armements ruineux, la menace constante, les alliances de trois contre un?
Non, vous avez, j'en suis sûr, l'âme plus haute, l'esprit plus philosophique. D'ailleurs, vous êtes à l'âge où l'on se recueille et où l'on se juge. Et, s'il en est ainsi, comme je le crois, prince, nous sommes bien vengés de vous.
Peut-être, par ces jours d'automne, si sombres dans le Nord, en vous promenant dans votre parc solitaire et en regardant tomber autour de vous les feuilles rouillées de vos chênes, peut-être vous demandez-vous avec angoisse si vous n'avez pas eu tort, jadis, d'abuser à ce point de la victoire, d'être si implacable et de mutiler la France vaincue, comme faisaient les antiques despotes d'Asie à leurs esclaves de guerre. Peut-être, tressaillant d'un frisson que vous n'aviez jamais éprouvé, songez-vous que la force opprimant le droit est, à la longue, un scandale intolérable et qu'il y a quelquefois, même en ce monde, une justice. Et peut-être vous répétez-vous tout bas le mot d'un homme que vous devez beaucoup haïr et beaucoup admirer, le mot, dit à Sainte- Hélène, par le vainqueur d'Iéna :
« Tout se paye. »
2 novembre 1S93.
L'Exposition de 1900
1 n commence à s'agiter quelque peu autour de la future Exposition de
Brûlant du zèle le plus patriotique et du désir de palper des sommes, beaucoup de gens avisés se rasent à la lumière et vont s'entasser dans les antichambres ministérielles, dès l'heure matinale où les garçons de bureau fourrent dans les poêles une quantité de bûches vraiment exagérée. Ce qui s'explique, du reste, attendu que la vente des cendres fait partie de leurs petits bénéfices. On ne sait même pas encore où elle aura lieu,
la grande Kermesse qui doit clore le siècle, et déjà tous les intrigants et tous les hommes à projets se remuent comme des asticots dans la boîte en fer-blanc d'un pêcheur à la ligne. Une vague odeur de pots-de-vin se répand dans le corridor A et dans l'escalier B.
Un membre du Jockey, tout à fait « dernier bateau » et converti au sport moderne, sollicite la concession d'une grande piste pour bicyclettes. Je le sais par la veuve d'un officier supérieur, qui postule elle-même la location des chaises sur la piste. Les chances de cette dame respectable étaient, jusqu'ici, à peu près nulles. Elle n'avait dans sa manche qu'une douzaine de sénateurs et de députés, personnages de second plan, sans grande influence, pas même compromis dans le Panama. Mais je viens d'apprendre avec plaisir qu'elle est sérieusement recommandée par le concierge de la maîtresse du beau-frère du fameux Terront.
La stagnation des affaires était déplorable. Cela va reprendre. Allons, tant mieux!
Je serais désolé qu'on m'attribuât les opinions rétrogrades d'une vieille douairière qui regrette les diligences en puisant une prise de macouba dans sa tabatière d'or; mais les expositions uni-
l'exposition de 1900 4f
verselles ne m'excitent que médiocrement. J'ai l'idée qu'une invention vraiment utile, qu'une machine réalisant un progrès réel, n'a pas besoin, pour devenir populaire, de tant de diplômes d'honneur et de médailles, et je me demande, de bonne foi, si la moutarde vendue chez Potin est bien meilleure depuis qu'on a décoré cet épicier de renom.
D'ailleurs, j'ai fait cette remarque dans tous les grands bazars internationaux. Les galeries où sont exposés les produits de l'Industrie restent, en général, à peu près désertes. Un petit nombre de badauds circule avec indifférence devant la colonne Vendôme en chocolat ou la statue du prince de Galles en savon. Mais la foule se rue aux baraques de la Danse du ventre. Au fond, cela ressemble toujours — en énorme — à la foire de Neuilly. Et voilà tout.
On m'objecte qu'il faut donner de l'ouvrage aux ouvriers. En ce cas, il y a un travail pour lequel on devrait bien les embaucher tout de suite. Ce serait la démolition du hideux décor, à moitié ruiné, qui encombre le Champ de Mars depuis cinq ans. Car il est inadmissible qu'on nous resserve ces rogatons en 1900. Allons! oust! Qu'on enlève toutes ces ferrailles et tous ces plâtras.
Vite, ouvrez là un grand chantier, pour cet hiver. Les compagnons qui chôment ne s'en plaindront pas.
Et, pendant qu'on y est, pourquoi ne délivrerait-on pas nos yeux de cette ridicule tour Eiffel? Oui, qu'on la déboulonne, qu'on en numérote les morceaux et qu'on les expédie, contre remboursement, aux Yankees de Chicago, qui seront ravis et qui en feront une maison où l'on pourra loger au cinquantième étage au-dessus de l'entresol. Mais, de grâce, qu'on débarrasse Paris de cette laideur qui le déshonore!
Comme nous avions raison de protester, nous autres, les artistes et les poètes, dès qu'il a été question d'édifier ce chenet monstrueux! Nous soulevâmes, je m'en souviens, l'indignation de tous les jobards, de tous les gobe-la-lune, hypnotisés devant le « chef-d'œuvre de la métallurgie ». Eh bien! il est réalisé, le prodige, et il est abominable, et il ne sert absolument à rien.
On nous avait promis, à cette époque-là, que les astronomes s'installeraient là-haut, avec des télescopes et des chapeaux pointus, et nous diraient le fin mot> du premier coup, sur les taches du soleil. Trois cents mètres, n'est-ce pas ! C'est une telle poussée dans l'infini! Mais, jusqu'à pré;
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sent, nous n'avons eu que Bodinier, qui a joué une revue d'été sur la première plate-forme. J'aime beaucoup Bodinier, et je souhaite qu'ilfasse fortune. Mais je le connais, il est modeste, et il sera le premier à convenir qu'il n'était pas nécessaire de reconstruire la Tour de Babel pour y montrer tout bonnement des petites femmes.
Non, sérieusement, — je le demande à tous les vieux Parisiens amoureux de la beauté de leur ville, — est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de faire disparaître cette grotesque quincaille?
Théodore de Banville, qui avait infiniment d'esprit, regrettait quelquefois qu'un homme de goût n'eût pas profité des derniers jours de la Commune pour détruire, une ceinture rouge autour du ventre et obéi d'une bande de pétroleurs, les vilains monuments qui attristent les regards des Parisiens. C'est une drolatique et excellente idée.
Gustave Courbet, tu fus un bon peintre et un gros sot. Mais, quand je regarde la tour Eiffel, j'envie ta gloire.
Et puis, au fond, je suis raisonnable, moi; je ne m'obstine pas. S'il nous faut, à tout prix, pour 1900, un a clou » dans ce genre-là, un tour de force, eh bien! cela peut s'arranger. Qu'à la place
de l'absurde tour, on creuse un puits de trois cents mètres, de six cents mètres, si l'on veut. Cela sera aussi difficile, aussi étonnant, et les chemins de fer pourront organiser des trains de bestiaux et amener toute la province pour descendre dans le trou. Mais, du moins, cela ne se verra pas de loin et ne gâtera pas le paysage.
... Je ris. J'ai tort de rire, car c'est une date solennelle que ce rendez-vous donné dans Paris, au début du xxe siècle, à tous les peuples civilisés.
On en trace déjà le programme, de cette Exposition de 1900, et l'idéal de ceux qui s'en occupent doit être le même ou à peu près, j'en ai peur, qu'en 1889, c'est-à-dire une vulgaire apothéose de féerie. On va jeter les millions par la fenêtre. Aucun mal, puisqu'ils rentreront par la porte. Mais ne pourrait-on pas les mieux employer qu'à des spectacles enfantins et décadents? Nous n'avons que six ans devant nous. C'est peu, six ans, c'est une heure dans la vie d'un peuple. Mais il ne faut qu'une seconde pour une bonne résolution.
Oh! quel beau rêve je fais pour cette fête de la lin du siècle!
Certes, ce serait à une fête que nous convierions l'univers, à une fête splendide, mais pour
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laquelle nous n'aurions pas besoin de dépenser tant d'argent en carton-pâte et en badigeon, et qui pourrait se passer d'illuminations et d'oriflammes. L'aspect de notre belle capitale ne serait pas matériellement changé, mais on y respirerait une atmosphère délicieuse. Nous offririons à l'admiration des étrangers une France où tous les cœurs seraient unis dans un même sentiment de justice, où le problème de la misère sociale serait résolu autant qu'il peut l'être, une famille qui ne laisserait jamais trop souffrir un seul de ses enfants, un État tendre pour la femme, filial pour le vieillard, paternel pour l'orphelin, où l'excès du malheur n'existerait plus. Nous montrerions à nos hôtes, avec un légitime orgueil, les prolétaires moins écrasés de travail et sans inquiétude du lendemain, les pauvres par infirmité morale ou physique largement secourus, apaisés et reconnaissants, et les riches, diminués sans doute, mais qui, d'abord atteints dans leurs habitudes d'égoïsme, goûteraient pourtant déjà cette douceur de ne plus se sentir entourés de haine et d'envie. Nous ouvririons devant nos visiteurs le nouveau Code de prévoyance et de réparation, où chacun serait traité, non pas selon son mérite, mais bien mieux, d'après des lois supé-
Heures, obtenues pacifiquement, sans révolution ni violences, et inspirées seulement par le respect et l'amour de l'humanité!
Que faudrait-il pour que la France donnât cet admirable spectacle ? Un de ces souffles mystérieux, comme celui qui passa sur le monde il y a deux mille ans, un de ces courants irrésistibles qui emportent tous les cœurs. Cela est possible, puisque tous, émus par un instinct secret, attendent et espèrent... Oh! si c'était pour demain!...
Dans six ans? En vérité, est-ce que nous avons encore pour six ans de marche au hasard, de paroles sans actes, d'énervement, d'attente vaine? Est-ce que, dans six ans, nous aurons encore pour guides ces malheureux, qui répètent sans cesse : « Il faut agir, » et qui restent les bras croisés, par impuissance ou par découragement?
S'il en était ainsi, elle serait lugubre, l'Exposition de 1900. Dressez le plus pompeux des décors, érigez des flèches de fer où se déchireront les nuées, lâchez des torrents et des cascades où se joueront les couleurs du prisme. Pour quiconque sympathise dans l'âme avec les souffrances humaines, l'image de la patrie, au milieu de ce luxe tapageur, apparaîtra pareille à la triste figurante dont un jet électrique fait luire la chair
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fardée et la parure de clinquant, mais qui grelotte de misère dans son maillot et ne pense qu'aux trente sous qu'elle touchera tout à l'heure pour acheter du pain et de la charcuterie et ne pas se coucher à jeun.
9 novembre 1893.
Pour les Latins
ne pensée excellente est venue à l'un des hommes d'Etat les plus éminents j^êvX ^e l'Italie, M. Ruggiero Bonghi, et au fils du paladin des temps modernes, au général Menotti Garibaldi.
Souhaitant la réconciliation de leur pays et du nôtre, ils prétendent créer, entre Français et Italiens, en dehors de toute doctrine, de toute question politique d'ordre intérieur et malgré tous les obstacles, un courant de sympathie, une