‹ Mon franc-parlerChapitre 44 sur 56 · MES CHATS · texte numérisé non relu

MES CHATS

il esc bien moins coupable, en somme, que tel grand seigneur qui, après un succulent déjeuner, monte à cheval en compagnie d'une bande de cavaliers et d'amazones et, précédé de chiens furieux et de drôles en livrée qui soufflent dans des trompes à la Dampierre, s'acharne, pendant de longues heures, après un pauvre cerf. Pourtant, je dois en convenir, mon scélérat est de la même école. Il ne chasse pas par besoin, mais seulement pour le plaisir. L'autre jour, il est encore revenu, la queue en éventail, l'air triomphant, tenant dans sa gueule un pauvre petit oiseau mort, et il l'a laissé choir devant ma cuisinière indignée ; car cette simple créature ignore les galantes coutumes de la vénerie et ne sait pas que, dans une chasse à courre, c'est toujours à une dame que sont faits les honneurs du « pied ».

Mais pardonnons son crime à Petit-Loulou, — ainsi se nomme le coupable, — car, de mes trois chats, il est certainement le plus remarquable par l'intelligence et par la beauté.

Angora de Portugal, sa race est illustre, et il existe en France peu d'individus de son espèce. De petite taille et bas sur pattes, il a la tête grosse et le poitrail puissant, comme un taureau de la campagne romaine. Son pelage brun et strié de

noir, qui rappelle la couleur d'un beau marron fraîchement jailli de sa coque, est d'une abondance extraordinaire, et ses yeux, que je comparais tout à l'heure très irrévérencieusement à des lanternes d'omnibus, luisent en réalité comme des astres et lancent le regard le plus imposant. On ne sait quel noble rêve habite au fond de ses mystérieuses prunelles, et si vous aviez l'honneur de lui être présenté, quand, assis sur son derrière, sa longue fourrure répandue autour de lui, il dilate les glauques étoiles de ses yeux, vous auriez certainement la sensation que vous êtes en présence d'un chat de très haute naissance.

Les habitudes de Petit-Loulou sont assez sédentaires, et il partage la plus grande partie de son temps entre le sommeil et le soin de sa personne. La courtisane la plus éprise de son corps ne fait pas plus minutieusement sa toilette et ne sort pas du bain plus nette et plus pure que ce délicieux chat, qui n'a pourtant d'autre « tub » que sa langue et d'autre éponge que sa patte.

Petit-Loulou est frugal et, contrairement à l'usage de beaucoup de ses pareils, il n'importune point ses maîtres pendant le repas. Il est cependant un peu gourmet, et quand on sert du poulet, nourriture pour laquelle il a une préférence

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