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A PROPOS DE JEANNE D ARC 2QI

croyants, c'est une sainte; pour les libres penseurs, c'est une héroïne; pour tous, c'est la patrie personnifiée, c'est son âme même. Il n'y a pas un bon citoyen qui, en pensant à Jeanne, ne se sente pénétré de vénération et de tendresse. Elle a pour elle l'unanimité des cœurs. On peut glorifier sa mémoire dans l'église, dans la caserne, dans la rue. Sa fête sera religieuse, militaire, populaire. Ce jour-là, on chantera des Te T>eum} on passera des revues, on se réjouira sur les places publiques, sans une protestation, sans une bouderie, sans une note discordante. Ce deuxième dimanche de mai, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans, que M. Joseph Fabre propose avec raison de choisir pour cette solennité, ce serait la trêve de toutes les discordes, la réconciliation momentanée de tous les Français. Nous aurions, à chaque printemps, comme au mois d'octobre dernier, pendant la présence des marins russes, quelques heures délicieuses d'union et de fraternité. La fête de Jeanne d'Arc serait une joie pour toute la France.

Qu'attend-on pour la lui donner?

Je sais bien que, dans le monde de nos malfaisants parlementaires, une pensée vraiment nationale, vraiment française, a peu de chances

de succès. La fête de Jeanne d'Arc ne flattera aucune passion politique, ne sera utile à aucune faction. Alors, à quoi bon? Quand on est un homme de parti, — et c'est le cas de tous les moulins à mensonges du Palais-Bourbon, — on 1 doit considérer comme inutile, comme dangereux même, de rappeler que, au-dessus de tous les partis, il est quelque chose de supérieur, de sacré, — la France, quels que soient ceux qui la gouvernent. Sachez-le bien, chaque parlementaire est pareil au calicot doré de la Maison du Pont-Neuf et développe une banderole sur laquelle sont écrits ces mots : « Le bon gouvernement n'est pas au coin du quai ». Or, le souvenir de Jeanne d'Arc ne fera de réclame à personne. Rien à en tirer d'avantageux pour les Armagnacs conservateurs ou pour les Bourguignons révolutionnaires. Aussi, les voyons-nous tous, Bourguignons et Armagnacs, assez froids pour l'héroïne. Ces gens-là ne savent se mettre d'accord que pour tromper le pays et lui jouer quelque mauvaise farce. L'année dernière, ils ont voté par acclamation l'affichage du fameux appel à la vertu de M. Cavaignac, et, quelques semaines après, ils validaient à tour de bras tous les panamistes et les rétablissaient dans leurs charges et

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