‹ Mon général, sa femme, et moiChapitre 12 sur 31 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« Au printemps de la vie , les soucis ne laisseut non plus De traces dans le cœur, que de ride» sur le front. » ( De Ségur, Mémoires etSonvenirs. )

Mon oncle serait venu, m'avait-il écrit, m entendre chanter à Tours, si sa goutte ne l'avait retenu au lit, tout l'hiver. Ses instances m'avaient arraché le secret de ma ^rislesse au sujet d'Hélène, et son indulgente

bonté m'avait oirert de me dégager, coûte qui coûte, envers le directeur, en payant ie dédit stipulé dans notre contrat.

Mais sa lettre m'était parvenue lorsque j'étais si heurenx par Fernande, et je m'étais bien gardé d'accepter, puisqu'il m'aurait fallu retourner à Paris.

Je devais au moins à M. Germond l'aveu sincère de ma position, et je lui en écrivis le récit exact. Il en était émerveillé, m'avaitil répondu, et ne pouvait croire que j'en eusse été à mon coup d'essai avec Hélène , lorsque je me montrais si habile avec Fernande... Son expérience des affaires était, ajoutait-il, en défaut. Il n'avait aucun conseil à me donner.

Hélas ! la catastrophe avait bientôt, suivi , et j'en avais rendu compte à mon oncle, avec non moins de chaleur et d'animation*

« Écoule, mon neveu, m'avait-il répondu, courrier pour courrier : les péripéties se succèdent trop rapides dans ton existence, et tu m'empêcheras tantôt de respirer, car tu me fais partager tous les sentimens qui te mettent , il me semble , les nerfs dans un état de tension fort dangereux... Je courrais en hâte à ton aide et couperais court à tes aventures , en m'efibrçant d'obtenir pour toi, vu l'urgence, au prix démon dernierécu, la main de mademoiselle de Marilly; mais tu n'as élé, de compte fait, que deux mois à te consoler de la perte de ton Hélène, que tu aimais, disais-tu, à jamais. ..Tu oublieras ausï>i ta Fernande et je partage l'avis de ton ami DorviHe. Laisse le monde avoir son cours. La vie s rail trop bsl'e , vois-tu, si la médaille, d'amour n'avait son revers comme toutes ;. utres. Prends le mal en patience, en attendant le retour du bien. Moi, qui n'espère

plus ce retour-là, je trouve ton loi encore très supportable. Finis-en vite avec le théâtre; viens faire un nouveau cours de philosophie avec moi pendant une quinzaine. J'aurai soin de te renvoyer à Paris assez à temps pour que tu prennes à l'école de droit ton inscription du trimestre d'avril. »

Je remerciai mille fois le directeur de ses procédés constamment excellens ; je jurai à Dorville une fraternité qui ne s'est jamais démentie, et je partis pour Luciennes, la terre de mon oncle.

Je trouvai M. Germond luttant courageusement contre la goutte, riant et plaisantant, en dépit d'atroces douleurs.

« Sois le bien arrivé, Charles, me ditil en m'apercevant. Eh! te voilà bien pâle! est-ce l'effet de tes peines de cœur ou simplement des ingrédiens artistiques , dont il

t'a fallu te barbouiller le visage depuis un an? Je devrais te faire une belle mercuriale, si ce n'est te déshériter, pour avoir ainsi déshonoré ta famille en montant sur les planches... Allons , ne va pas te gendarmer. Je t'accorde que, selon moi du moins, le mal n'est pas grand, et que MM. Duval et de Mariiiy peuvent être plus justement mécontens de tes faits et gestes , amoureux ou lyriques. Je te pardonne ,Jà condition que tu te feras bachelier en droit dans un ou deux mois et avocat dans un an. Ta tante Delmar est ici; elle va déjeûner avec nous. C'est une maîtresse femme, comme tu sais; elle t'affectionne particulièrement, et je crois que c'est même par intérêt pour Ici qu'elle rend sesrapports avec moi de plus en plus fréquens ; elle craint que je ne me fâche de les écarts. »

Ma tante me combla de caresses et, comme M. Germond, ne se rassura sur ma pâleur,

que lorsqu'elle me vit déjeûner avec un appétit effrayant.

Elle me remit une lettré pour madame de Clarence, son intime amie, que j'avais déjà vue à Paris.

« Je sais, sans connaître tous les dé^ tails, me dit madame Delmar, que tu es lancé dans les intrigues, les grandes aventures d'amour ou de folies. J'ai promis à ma sœur, à son lit de mort, de te traiter comme mon ûls. Je ne veurpas t'aider à faire le mal; mais je dois , je crois, t'aider toi et,., à sortir d'une mauvaise position. J'ajoute qu'un honnête homme , et j'espère que tu resteras toujours tel, ne doit rendre personne victime de ses sottises, qu'il doit même se porter responsable, pour lui et pour autrui, de toutes leurs suites... Appelle moi donc, au besoin, et tu éprouveras que les recommandations de la mère n'ont pas été vaines. »

J'étais sur, à l'avance, du cœur de ma tante; j'avais souvent entretenu Fernande de ses vertus et de ses bontés.

J'arrivai à Paris pour prendre mon inscription à l'école de droit ; puis je courus m'informer d'Hélène.

Sa famille avait déménagé aussitôt notre départ pour Orléans, sans doute pour cacher notre fuite. Je ne pus découvrir la nouvelle demeure de M, Duval, et Hélène n'était plus au conservatotre.

Je guettai trois jours de suite M. Duval, à la sortie de son bureau , sans l'apercevoir.

Désespéré , je travaillai au droit avec une espèce de fureur, de passion , je fus bientôt bachelier. J'aurais voulu passer un examen , chaque mois; mais je n'avais que huit inscriptions , el il m'en fallait dix pour être admis au premier examen de licence.

Madame de Clarence , à la recommandation de ma tante , m'accueillait avec une grande bienveillance. Elle m'invita à aller passer» avec sa famille , mes vacances à sa campagne près de Thiais.

J'acceptai avec empressement.

Je me plus chez ma belle hôtesse, avec mes livres de droit dans ma chambre et le piano du salon.

Je fis d'ailleurs aux environs, une renr contre qui me rendit la campagne lout-à-fait agréable. On me conduisit à un bal chez M. d'Arbois, à un château voisin.

Or, M. le comte d'Arbois, honorable chambellan-impérial, des mieux en cour , était l'oncle du jeune M. de Marilly. Fernande, m'avait parlé de cette maison ; elle était invitée à passer tout le temps où son mari serait à l'armée.

Je fis de grands frais, de grands efforts d'imagination et de politesse, pour me faire adopter des alliés de Fernande, et je fus assez heurenx, dès ce premier jour, pour qu'on m'invitât à fréquenter l'hôtel du chambellan à Paris. Je n'eus besoin pour cela que de me mettre à l'unisson d'enthousiasme impérial avec M. d'Arbois et de faire valser, deux ou trois fois, les quarante ans de la comtesse, en vantant outre mesure sa grâce et sa légèreté.

La bonne dame, m'apprit-on plus tard, avait été excessivement légère, et L'on était pas complètement corrigée.

Je lui Cs une cour assidue, toute la soirée; sauf à m' attirer mille plaisanteries de la part de madame de Clarence et de sa compagnie. Madame d'Arbois me parlait de Fernande : comment aurais-je pu ne pas prendre plaisir à l'écouter!

Elle m'apprit que M. de Marilly, récemment promu au grade de colonel, était en Andalousie, et que sa femme vivait fort tristement à Tonneins, près de sa belle-mère mourante.

J'étais encore à Thiais vers la fin de septembre, lorsque j'appris de Dorville la perte de sa garde-robe, dans l'incendie du théâtre deN**\

Je courus à Paris, et je répondis à cet excellent ami, en lui expédiant tout mon bagage dramatique et lyrique,

Le roulier allait emporter ma dernière malle ; je l'ouvris pour y reprendre une veste de jockey, qui m'avait servi pour le rôle de Floricour, des confidences.

Une lettre de Fernande m'arrivait. La bienaimée m'appelait à jouer un dernier rôle travesti. Je ne fus pas tenté de m'y refuser.

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