CHAPITRE XV
« So fer beyond the mountains « That looks so distant bere,
• To fight hit couniry's bottlcs
• Last dây , may went my dear.
•Oh! Why do jremembcr
• Wtth bitters sighs the day.
• Why ow'n did'st thou leave me at borne
• Whb did j stay ! •
(American Ballad).
Hélène devina mes démarches pour reprendre du service et m'en exprima plus d'une fois un désespoir, que je m'efforçai vaine-
Ses regrets et ses larmes m'étaient un supplice.
« Ma bien-aimée. lui dis-je, il ne s'agit que d'une absence de peu de durée , et tu concevras que je ne dois pas attendre qu'on me rappelle à l'armée ; mais permets moi de te demander une faveur , que je désire depuis longtemps : consens à m'épouser.
— « Y penses-tu, Charles? Et que dirait M. Germond ?
— « Mon oncle sait que tu ne mérites pas moins mon estime que mon amour et je suis sûr cle^on approbation.
— « Mon ami, sauf à t'étonner beaucoup, je vais, pour la première fois, te faire mes conditions : je me tiens flattée et heureuse de ton offre, et je l'accepte avec reconnaissance.., Si tu veux t'engager sur l'honneur à ne pas retournera l'armée ; mais, si tu ne
veux me donner ton nom que pour assurer mon sort , comme on dit , et me laisser de la fortune ou quelque chose de semblable , au moment d'aller te faire tuer... Grand merci, Charles... Ce n'est pas la peine. Que je sois ta femme ou ta maîtresse, je n'en porterai pas moins ton deuil , et tu l'auras mis dans mon cœur dès le moment de ton départ. Les dangers où vous courez , vous autres hommes, ne sont rien, en comparaison de cette peine qui tue lentement, sans relâche, après une longue attente.
« Vous écrivez, vous vous efforcez de nous rassurer. La lettre fait trêve un moment a nos larmes... et cependant vous n'existez plus , au moment où luit pour nous un éclair d'espoir...
« Pars, Charles, le coup est porté. Ton silence, ton embarras m'en disent assez. Mon
Dieu! tu souffres lo<i-même, je le vois. Mon désespoir te déchire* le cœur, et cependant tu partiras...
« Le patriotisme, l'honneur te le commandent. C'est fort bien, et mon bonheur, à moi, que tu aimes, succombe sous l'amour d'une patrie, qui ne t'en tiendra aucun compte...
« Tu vas juger qui de nous deux est le plus généreux : je ne veux pas que tu ayes la douleur de me quitter. Je pars la première... J'ai un congé, et je vais en représentation pour trois à quatre mois , aux théâtres italiens de Huttyest et de Munich. Tu m'y donneras de tes nouvelles.
« Va voir ton oncle et porte lui cette lettre. Sois bon pour lui si tu ne l'es pour moi.»
En effet, Hélène partit pour Munich, sans me faire d'adieux, et moi je courus en poste chez mon oncle, après m'être engagé à me
trouver à Paris au jour fixé avec M. de Marilly.
Déjà nos chevaux étaient en route pour l'Allemagne. Le parent delà comtesse m'en avait donné un excellent, que j'avais nommé César, en raison de son allure guerrière.
J'avais un extrême besoin de mouvement, tant le souvenir d'Hélène et de la peine que je lui causais pesait sur mon cœur comme un remords.
« Gomment ! c'est toi , mon cher enfant ! me dit mon oncle. Tu viens voir le pauvre vieillard, lui dire un dernier adieu... Cela est bien, mon ami, et ta campagne sera heureuse, car, entre nous, maintenant que mon esprit faiblit, je me suis mis en tête que les bonnes actions portent bonheur. Le fait est que mes accès de goutte sent moins fréquens depuis que nos rapports sont plus intimes. Je n 'en
souffre pas les jours où je t'envoie de l'argent non plus que je reçois de tes lettres. Je vais te faire faire bonne chère et te verser de mon meilleur Bordeaux. J'en boirai môme avec toi, à tout risques et périls. Autant vaut mourir, la nuit prochaine, situ pars demain, comme je m'en doute... Et la petite chanteuse ?
— « Voilà une lettre d'elle. Lisez-la.
— « Tu te doutes du contenu , dit-il après l'avoir parcourue et en essuyant une larme. La pauvre enfant veut que je te retienne... Elle ne sait pas que le vieil oncle est nécessairement impuissant à obtenir ce qui a été refusé à la jeune maîtresse : elle n'a pas encore vécu, vois-tu, elle va apprendre la vie , fais la leçon le moins dure possible : Laisse au temps à l'instruire. Je lui offrirais bien de venir ici me parler de toi et nous verrions qui se lasserait] le premier ; mais, la
voilà qui prends elle-même sa course pour l'Allemagne, sans doute pour être plus rapprochée de toi. Cette jeune femme t'aime sincèrement, mon neveu, et un amour, ainsi éprouvé par le temps et les événemens, mérite ton attention et mieux encore.
— « Je le pense comme vous, mon cher oncle. Aussi ai- je offert dernièrement à Hélènede l'épouser.
— « Eh! je ne saurais te désapprouver. Elle a du très bon, cette petite. Il parait que les femmes valent mieux aujourd'hui que de mon temps . »
Mon oncle me promena, tout le jour, dans ses bois, ses fermes ; il me fit voir ses belles plantations.
11 ne me quitta pas pendant les vingtqnatre heures que je passai à Luciennes, bien qu'il exigeât que je me misse au lit.
« Tu t'endormiras, si tu peux, me dit-il , mais je resterai dans un fauteuil près de toi et m' efforçant de te tenir éveillé. Je veux pouvoir compter un beau jour tout mtier dans ma vie. »
Il m'ouvrit un large et profond tiroir plein d'or et me dit d'y prendre tout ce que je voudrais. Lui-même, il m'en remplit les poches. Je n'eus pas moins de peine à m'arracher de ses bras que je n'enraurais eu à quitter Hélène. t
J'entrai à Poitiers chez ma tante Demi ar embrasser mon petit Fernand, et j'arrivai à Paris chez mon général, au moment de monter en voiture avec lui, tant j'avais bien pris mes mesures, J'y réendosai l'uniforme,