‹ Mon général, sa femme, et moiChapitre 29 sur 31 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

Ce qui resta;! des arméesqui avaient vaincu l'Europe entière se réunissait sous les ordres immédia! s du plus grand capitaine du monde. Jamais je ne désirai autant la victoire.

Le combat de Brienne fut une affreuse boucherie. Le triste honneur de coucher sur le champ de bataille nous coûta bien six mille hommes.

Nous fûmes vaincus à la Rothière, première bataille rangée, livrée sur le sol français. En pouvait-il être autrement? Les alliés élaient quatre contre un.

Nous formions la gauche de l'armée. Nous avions en face les Bavarois deDewrede, qui n'étaient pas nos moins dangereux ennemis.

Le 2 février, il nous poursuivirent dans notre retrailc sur Arcis. Nous leur passâmes sur le corps à Rony. C'est un des beaux faits d'armes de la campagne. Notre mare-

chai y combattit avec une vigueur, une résolution dignes des circonstances et d'un lieutenant de Napoléon.

D'Arcis et de Méry, il fallut encore nous retirer sur Nogent, pendant que l'empereur évacuait Troycs.

Le pays était affreusement ravagé. Nos malheureux paysans montraient toutefois un patriotisme au-dessus de tout éloge; ils nous accueillaient en libérateurs , et nous prodiguaient leurs dernières ressources. Ils faisaient beaucoup de prisonniers.

Ce fut grâce à leur secours que notre corps d'armée de six à sept mille hommes put résister, à la Rothière, aux vingt-cinq mille Bavarois de Dewrede. Les habilans avaient fortifié eux-mêmes Lachaise et Morvilliers que nous occuj ions , et le soir quand nous nous retirâmes, à la lueur de l'incendie de la

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Uothière et des villages voisins, ces bons français oubliaient leurs pertes personnelles, et nous aidaient à sauver noire artillerie et à la sortir des chemins impraticables que nous avions à parcourir. Les curés, les maires des communes accouraient nous donner des renseignemens sur la position de l'ennemi et les moyens de l'éviter ou de le surprendre. Le curé de Maizière eut un cheval tué sous lui, près de l'empereur.

. Napoléon nous Gt attaquer la grande armée de Silésie , dont les divisions étaient éparses aux environs de Champ-Aubert.

Nons battîmes le général russe Alsusiew et le fîmes prisonnier avec les deux tiers de sa troupe.

Cela nous rendit quelque confiance : nos jeunes conscrits étaient justement fiers de leur première victoire.

Le 14 février, nous étions sous le commandement immédiat de l'empereur : nous fîmes des prodiges à Vauchamps.

Les beaux jours d Iena et de YVurschen semblaient revenus, et notre maréchal couronna dignement la journée en rentrant à Etoges, où nous fîmes sept cent russes prisonniers.

L'ennemi était en pleine retraite sur Chà- Ions.

A la chûle du jour, je gagnais avec mon général , à la tête de quelques chasseurs , la maison d'un meunier, où nous avions couché deux jours auparavant. Nous étions d'une gaie'é folle, tant nous nous faisions fôle de l'espoir d'un bon souper.

FJous nous trouvâmes barrer le chemin à quelques cosaques, égarés sans doute, et de ceux qui flanquaient l'armée de Blucher. Il y

avait vies gens de toutes nations et jusqu'à des français, dit-on, parmi ces bandits.

Les lâches tournaient bride et voulaientt nous éviter ; l'officier qui les commandai marchait aussi en tête et se trouvait à trente pas. Avant de fuir lui-même, il tirapresque au hasard un coup de pistolet, qui m'atteignit au flanc droit.

Je tombai dangereusement blessé.

Nos chasseurs m'emportèrent à l'ambuiance.

Notre armée marchant en avant, mon général me confia à un vieux chirurgien-major, qui s'engagea à me faire transporter à Paris, dés qne mon état le permettrait.

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