‹ Mon général, sa femme, et moiChapitre 5 sur 31 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« Qui primus caram juvenl , car um que puellas « Eripuit juvencm , fcrrcus ille fuit. »

( TlBULLE. )

Le directeur était charmant pour nous.

Je dirigeais le répertoire beaucoup plus que lui-même , et le second ténor , nommé Dorville , étant un artiste fort distingué , aimable et d'une gaieté folle , je m'entendais

avec lui , afin de ne jouer , à bien peu dé rôles près, qu'avec Hélène, dont la timidité était encore extrême.

Dorville étant fort épris , de son côté , de la Dûgazon , nous changions parfois d'emploi, et le directeur, loin de s'en lâcher, en plaisantait avec nous.

Il faisait de l'art , tout en gagnant beaucoup d'argent , de sorte que son humeur était parfaite. Rien d'aimable comme les sens heureux.

Un soir cependant, après avoir longtemps causé avec le procureur-impérial , l'habitué le plus assidu de nos coulisses , et qui nous traitait, Hélène et moi, avec une bonté particulière , je vis le cher directeur tellement peiné, contrarié, que je dus lui demander ce qui pouvait le troubler à ce! point,

« Mon cher Charles, me dit-il, ma fortune reçoit un rude choc , que j'aurais dû prévoir sans doute; mais pense-l-on à tout?...

« Ne m'en demandez pas d'avantage : les mauvaises nouvelles se savent toujours assez tôt. »

M. IVHautevilIe, le procureur-impérial, se montra de plus en plus affectueux pour nous, à compter de ce jour. Nous fîmes deux fois de la musique chez lui dans la semaine.

Le directeur avait fait un voyage à Paris ; mais nos études avaient continué , comme de coutume.

J'étais toutefois étonné que le répertoire de la semaine suivante ne fut pas arrêté. Nous ne devions être instruits que le lundi soir de ce que nous jouerions le mardi. Cela n'était pas naturel.

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