TOME II
lOO MON GRAND FAUTEUIL.
noire; une augmentation de cartes exigea bientôt de nouvelles combinaisons , et les deux jeux ne furent plus soumis à des règles identiques : les Arabes, ces grands joueurs d'échecs , donnèrent-ils cette autre forme à leur jeu favori?
Quoi qu'il en soit, les cartes étaient en usage bien avant l'année 1592, à laquelle on a prétendu fixer leur invention : le synode de Worcliester, en 1240, défend aux clercs les jeux déshonnêtes, et entre autres celui du Roi et de la Reine (jic sustineant ludosjieride Rege et Reginâ); un manuscrit italien de 1299 parle des cartes appelées naibi; des statuts monastiques de iSSy proscrivent les cartes sous le nom de paginœj enfin , un édit du roi de Castille, à la date de iSby, les met au nombre des jeux prohibés.
Un ancien ouvrage en langue française ne ^ laisse pas de doute sur l'existence des cartes antérieurement à la date de 1 392 ; car on lit dans le roman de Renard le contrefait^ composé par un anonyme en i328 :
Si comme fols et folles sont
Qui, pour gagner, au bordel vont,
LES CARTES k JOUER. 1:^1
Jouent aux dés, aux cartes , aux tables Qui à Dieu ne sont délectables...
Ce passage indique en quels lieux se tenaient les tripots, et en quelles mains était déjà tombé le feu du Roi et de la Reine. Quant à la chronique du Petit Jehan de Saintré , oii l'on remarque cette phrase : f^ous qui êtes noiseux et joueux de cartes et dès dés y cette chronique, dont le héros est page à la cour de Charles V en iSôy, ne doit pas être invoquée en témoignage , puisque l'auteur, Antoine de la Sale , né en iSgS, n'écrivait que sous Charles VIL
On a longuement et vainement disserté pour savoir si les cartes étaient françaises, allemandes, espagnoles ou italiennes : il me paraît toujours certain qu'elles ne sont pas françaises, du moins les cartes de tavoc. Un vieux livre. Le Jeu d'or, imprimé à Augsbourg en i47^ ? assure, dit-on, qu'elles prirent naissance en Allemagne vers 1 5ôo; l'abbé Rive pense qu'elles ont été inventées en Italie, par INicolaï Pépin, vers i53o; l'abbé de Longuerue veut bien que ce soit en Italie , mais à une époque antérieure.
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Toujours est-il que les signes et couleurs des cartes diffèrent dans ces pays : les Français ont pique , trèfle y carreau et cœurj les Espagnols , épée, hâtoîiy denier et coupe j les Allemands, vert , gland, grelot et rouge : ces couleurs doivent être contemporaines du jeu de piquet, qui fut trouvé sous Charles VII, en même temps que les cartes avec lesquelles on le joue encore aujourd'hui. Jusque-la les tarots seuls étaient en usage dans toute l'Europe; mais depuis l'invention du jeu de piquet, ils ont beaucoup perdu de leur bizarre physionomie, et ne sont pas restés en France , malgré la faveur marquée de plusieurs illustres Français du xvii^ siècle : Breitkopf est allé chercher les premiers tarots en Sibérie, oii les paysans jouent le trappola avec des cartes semblables à celles dites de Charles VI.
Ces dix-sept cartes, que l'on conserve au Cabinet des Estampes de Paris , et qu'on attribue à Ximager du roi , Gringonneur, faisaient partie d'un jeu qui était certainement une imitation de la célèbre danse macabre , cette allégorie si philosophique de la vie humaine , que le moyen âge avait tant multipliée